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Tendance : « Le détatouage est plus long et douloureux sur les peaux noires »

Tendance : « Le détatouage est plus long et douloureux sur les peaux noires »

Si les tatouages sont de plus en plus populaires en Afrique, les faire enlever peut devenir problématique lorsqu'il s'agit d'une peau noire ou très brune. Traitement plus long, plus cher, plus douloureux... Explications du dermatologue Pierre-Patrice Cabotin.

 

En pleine résurgence en Afrique, le tatouage peut néanmoins poser un problème sur les peaux noires ou très brune lorsqu’il s’agit de les faire enlever. Les traitements, plus compliqués, sont ainsi plus chers et peuvent ne pas effacer complètement les traces si le tatouage a laissé des cicatrices. Le dermatologue Pierre-Patrice Cabotin expliques les difficultés de cette pratique.

Jeune Afrique : Qui sont vos clients ?

Pierre-Patrice Cabotin : Ce sont, à environ 60 %, des personnes à peau noire ou foncée. Depuis quinze ans que je pratique le détatouage, j’ai vu, surtout au début de cette activité, beaucoup de femmes de certaines ethnies d’Afrique de l’Ouest qui avaient des marques sur le visage. Il s’agissait de scarifications, mais la lame avait été enduite de suie ou d’autres matières pour accentuer les traits.

Arrivées en France, elles souhaitaient se débarrasser de ces marques rendant plus compliquée leur intégration. D’autres, toujours des femmes principalement, portent sur la peau des tatouages « thérapeutiques » réalisés par des guérisseurs. Ce sont également des scarifications hyperpigmentées qui sont pratiquées un peu partout sur le corps. Aujourd’hui, chez les jeunes générations, on me demande de retirer des tatouages « artistiques » que l’on pourrait parfaitement trouver sur des peaux blanches.

Détatouer une peau foncée est-il plus compliqué ?

Oui ! Le laser que j’emploie sur les peaux blanches provoque un éclaircissement de l’épiderme, et donc potentiellement des marques sur les peaux foncées. De ce fait, pour les peaux noires, j’utilise un laser différent, le Yag Q-Switch, qui cible le pigment et le détruit, les débris étant éliminés naturellement par le corps.

Le traitement est en revanche plus long (une petite vingtaine de séances espacées d’au moins un mois), et donc plus cher, puisque chaque séance coûte entre 80 et 180 euros, non remboursés par les organismes de santé. Il est aussi plus douloureux : le patient ressent une brûlure un peu plus forte.

Est-on assuré de ne plus avoir de marque ?

Concernant la marque du tatouage, la réponse est oui : on peut généralement se débarrasser de tous les pigments. Reste que, si l’intervention du tatoueur a laissé des cicatrices sur la peau, elles peuvent rester. Certaines boursouflures se traitent, mais c’est un autre sujet.

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