Société

Mosquée sunnite de Man/Quand les femmes prennent le pouvoir...

Mosquée sunnite de Man/Quand les femmes prennent le pouvoir...

Un an après la fermeture par les autorités de la mosquée Al Fourquane de Man, sise au quartier Domoraud, des femmes de la communauté sunnite ont décidé de prendre les choses en main. Elles se sont érigées notamment en muezzin et imam.

 

 

Suite à des affrontements de plus en plus nombreux et sanglants, les autorités du chef-lieu de la région du Tonkpi ont décidé de fermer la mosquée Al Fourquane de Man. Située au quartier Domoraud, la mosquée sunnite est depuis 2014 en proie à une crise qui pour beaucoup résulte d’un conflit de leadership.

En août 2014, pour l’élection du président de la section locale de l’association des musulmans sunnites de Côte d’Ivoire (AMSCI), l’imam principal et son adjoint ont chacun un candidat. Mohamed Lamine Cissé, protégé de l’imam adjoint est élu, ce que conteste Ousmane Sidibé, le fils de l’imam principal. Naissent alors 2 clans. La division est telle que l’imam principal se retire de l’AMSCI pour créer sa propre association. Il est alors démis de ses fonctions par l’AMSCI à qui appartient de droit la mosquée, à laquelle sont rattachés une radio et un groupe scolaire. L’accès à l’édifice religieux est également interdit au “clan Sidibé’’.

Le 15 mars 2015, éclatent une bagarre d’une rare violence. Les dégâts matériels sont importants. S’ensuivront beaucoup d’autres, toutes aussi dévastatrices. La radio Al Fourquane est saccagée, les bureaux de l’AMSCI détruits ainsi que beaucoup d’autres biens matériels.  

Le  06 Mai 2016, la prière du vendredi se transforme en pugilat entre fidèles.  Un mois après, le 07 juin 2016, deuxième jour du ramadan, un affrontement sanglant éclate entre les fidèles. On déplore une dizaine de blessés. Ce sont les forces de l’ordre qui finissent par ramener le calme au sein de cette communauté. C’est alors que les autorités administratives décident de fermer l’édifice religieux et y déploient les forces de l’ordre.  

Des médiations sont engagées mais échouent face à l’intransigeance de certains belligérants, le camp Sidibé notamment. Au nom de la paix, l’imam principal est finalement reconduit dans ses fonctions après avoir réintégré l’AMSCI. Il insiste pour que son fils Ousmane Sidibé rejoigne le collège des imams sans succès. La communauté le tient pour responsable des tristes événements auxquels elle est confrontée.

La réconciliation n’est finalement pas effective. Pour prévenir d’autres affrontements, les autorités gardent donc le temple sous scellés.

C’est dans cette atmosphère qu’en début du mois de ramadan 2017, des femmes présentées comme proches des Sidibé assiègent les lieux. Elles prétextent ne plus accepter de prier dans des conditions difficiles alors qu’elles ont une mosquée. L’une d’entre elles, Dame Jolie Camara est désignée muezzin et les prières sont dirigées par Djénéba Camara, l’imam donc.

Aussi noble que puisse être leur attachement à leur religion, en restant sur ces lieux, ces femmes violent une décision administrative. Une médiation est donc engagée mais sans suite. La police a également tenté de les déloger le 8 juin dernier. Elles y ont résisté et finalement un accord a été trouvé le 19 juin 2017 après trois jours de négociations menées par Messamba Bamba, le directeur des cultes de Côte d’Ivoire, dépêché sur les lieux.

Les femmes sunnites ont finalement levé le siège de la mosquée Al Fourquane le 25 juin 2017, jour de la fête de Ramadan.

 

 

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