Société

L'immigration et ses effets positifs sur l'économie

L'immigration et ses effets positifs sur l'économie

Des experts se sont réunis ce jeudi 13 décembre à Marrakech lors de la conférence « Atlantic Dialogues », quelques jours après le « Global Compact des Nations unies » sur la migration. Pour eux, la migration a des effets positifs prouvés sur l’économie, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe ou en Afrique.

« Il y a bien une crise migratoire aux États-Unis : nous n’avons pas assez d’immigrés ! », a martelé Seth Stodder, ancien secrétaire d’État adjoint chargé de la sécurité des frontières dans le gouvernement de l'ex-président américain, Barack Obama. Une table ronde sur « la migration et le commerce » organisée par le think tank marocain Policy Center for the New South, s’est tenue à Marrakech ce jeudi 13 décembre, en présence de nombreux experts.

« Les États-Unis sont une nation de migrants et de libre-échange », a enchaîné Seth Stodder. Or, l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) prévoit une croissance ralentie dans cet État de la côte ouest à cause de pénurie de main-d’œuvre. « Les salaires ont déjà augmenté pour la cueillette de raisin, à cause du manque de migrants, notamment mexicains ».

Des flux migratoires au sein du continent africain

La plus grosse « crise » migratoire du monde se passe à l’intérieur de l’Afrique, et non entre l’Afrique et l’Europe. « Entre 60 % et 80 % des migrants africains se trouvent en Afrique. Ils sont largement éduqués et dotés de compétences  », a souligné Haim Malka, directeur pour la région Moyen-Orient du Center for International Strategic Studies (CSIS, USA).

Parler de l’emploi des jeunes sans perspectives en Afrique revient « à avoir une inondation et essayer d’éponger l’eau, alors qu’il faut fermer le robinet », a relevé pour sa part Mabingué Ngom, directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest et Centrale du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA). Comme beaucoup de démographes, cet économiste sénégalais rappelle qu’il faut absolument faire baisser les taux de fécondité pour voir l’Afrique décoller.

Une migration bénéfique pour le commerce

Plus d'aide au développement en Afrique se solde par plus de migration vers l'Europe. Haim Malka, de son côté, est revenu sur cet argument. Plus les gens s’enrichissent, en effet, plus ils ont les moyens de tenter le passage en payant des trafiquants.

« Au delà d'un revenu annuel par tête de plus de 10 000 dollars, soit le niveau actuel de l’Egypte et bientôt du Maroc, la quête de meilleures opportunités ailleurs disparaît », a réagi Uri Dadush, Senior Fellow du Policy Center for the New South, ancien président de l’Economist Intelligence Unit (EIU) et ex-directeur à la Banque mondiale. La migration est bénéfique pour le commerce et l’investissement puisque 3 % environ de l’investissement « étranger » en Afrique est lié aux expatriés.

L’apport de la « diaspora » reste très sous-estimé selon Richard Danziger, directeur régional de l’Organisation internationale des migrations (OIM) pour l’Afrique de l’Ouest et Centrale. Les transferts d’argent représentent près de 5 % du PIB ouest-africain selon la Banque mondiale et plus de 10 % du PIB de nombreux pays (Sénégal, Cap-Vert, Liberia et Gambie, entre autres).

L'Europe a besoin de main-d'œuvre

La création de voies légales d’entrée en Europe serait tout bénéfice pour les pays de départ comme pour les pays de destination dans la lignée du « Global Compact » sur la migration, signé le 11 décembre à Marrakech.

Le déclin démographique de l’Europe fait que le Vieux continent a d’ores-et-déjà besoin de main-d’œuvre, constate Richard Danziger. Cependant, cet expert ne se fait guère d’illusions sur les chances de solutions raisonnables, en raison du contexte politique. « Aucun chef de gouvernement ne se ferait réélire s’il affirmait que la migration est un besoin pour l’Europe », estime-t-il.

En attendant, il plaide pour l’assouplissement de la politique des visas. « Cela permettrait aux cadres et investisseurs africains d’aller et venir pour faire des affaires et lorsqu’ils vivent ailleurs, de revenir exercer pour quelques mois par an dans leurs pays d’origine ». L’actualité ne laisse guère d’espoir, avec ce professeur sénégalais placé sans raison, et pendant 4 jours, en centre de rétention à son arrivée à Paris.

« Un malaise réel »

« Le malaise des citoyens est réel », estime Seth Stodder. Mais la migration telle qu’elle est perçue et exploitée par les politiques repose sur « des mythes et non des réalités ». Même l’idée selon laquelle la migration entraîne du chômage est fausse. « Le taux de chômage ne dépasse pas 2,8 % dans la conurbation de San Diego et Tijuana, des deux côtés de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique », rappelle Stodder. Alors qu’en Afrique, les transferts d’argent des migrants dépassent l’aide publique au développement, au Mexique, 10eproducteur mondial de pétrole, ils rapportent plus en devises que les exportations d’or noir.

Les distorsions dans les discours politiques, qui mélangent migration, identité et sécurité, s’avèrent plus fortes que jamais. Après l’attaque terroriste du 11 décembre dernier à Strasbourg, Donald Trump a posté l’un de ses fameux tweets, selon lequel « c’est pourquoi il faut un mur à la frontière avec le Mexique ».

Seth Stodder l’a vertement critiqué à Marrakech. « Je n’ai jamais vu ça de ma vie  ! Sur les 100 personnes tuées aux Etats-Unis pour des raisons liées à l’islam depuis le 11 septembre 2001, toutes l’ont été par des citoyens américains. Un seul type est passé par la frontière canadienne pour participer aux attentats du 11 septembre. Donald Trump joue avec les perceptions et non la réalité, car les immigrés clandestins affichent en fait le plus faible taux de criminalité des Etats-Unis ».

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