Société

L’Abbé Barthélemy Gobou, prêtre ou charlatan ?

L’Abbé Barthélemy Gobou, prêtre ou charlatan ?

Installé à Dabou où il a fondé depuis bientôt 15 ans la Communauté catholique des amis des premiers chrétiens, le père Barthélémy Gobou est prêtre depuis 42 ans. Il a ceci de particulier que son ministère porte essentiellement sur la guérison des malades. Une guérison qui s’opère à la fois par la prière et par les plantes. Gros plan sur le prêtre aux méthodes singulières.

 

 

L’Abbé Barthélémy passe son enfance dans un campement d’Oress Krobou (Dabou), son village natal, avec son père cultivateur de café et de cacao. Tout petit, celui-ci l’initie à l’art de la chasse.  Le jeune Barthélémy devient même un as, chassant de jour comme de nuit. Comme il le dit lui-même, il est un campagnard. De temps en temps, les Gobou se rendaient au village. Lors d’un déplacement, le révérend-père René Gnéba, de passage s’intéresse particulièrement à l’enfant. Avec la permission du père biologique, il l’inscrit dans une école. Barthélémy fait son entrée au CP1 autour de 12-13 ans. Il finit son cursus au séminaire de Yopougon et est ordonné prêtre le 29 juin 1975 par le Pape Paul VI à Rome. D’un naturel humble et sans histoire, l’Abbé Gobou considère sa vie comme une pure grâce.

 

Premiers “miracles’’

Alors qu’il était  séminariste, Barthélémy Gobou se rend au village comme à son habitude. Son cousin, Christophe Kariké, actuel chef du village d’Oress Krobou, est malade. Il s’est réveillé muet. La mère de Christophe inquiète, apprend que Barthélémy vient d’arriver. Elle sort discrètement de sa case et va le chercher pour venir en aide à son “frère’’. Une fois sur place, faisant fi des nombreux fétiches, le futur prêtre prie le Seigneur et son cousin recouvre la voix.

Un autre phénomène du genre se produit quelques années plus tard à Attobrou. Il y avait un arbre qui, selon la légende locale, servait aux sorciers du village. Ils y accrochaient leur manteau avant d’avoir accès à l’église et ils passaient le récupérer après le culte, d’après les villageois. L’Abbé a donc demandé à ce qu’on détruise cet arbre. Mais cela a été difficile. Même le Caterpillar affecté à cette tâche n’a pu y arriver. L’Abbé Gobou interpellé par les populations s’est donc rendu sur les lieux ; il a prié à haute voix le Seigneur et soudain l’arbre s’est déraciné. Dans les semaines qui ont suivi, selon la rumeur, le plus grand sorcier de la région est décédé. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Malades et indigents (fidèles ou non) accourent. Pour les soulager, en plus de la prière, le père Barthélémy a recours aux plantes. Les critiques commencent à fuser, même au sein du clergé.

 

Naissance de la Communauté

Au début des années 2000, les personnes sollicitant des prières, des séances d’écoute et d’enseignement sont de plus en plus nombreuses. L’Abbé Gobou peine à accueillir tout le monde et surtout à subvenir aux besoins de ses activités. Il sollicite donc le concours des fidèles. Une structure chargée de l’organisation pratique des activités d’écoute et des journées d’évangélisation est créée. Avec pour dénomination « les Amis de l’Abbé Barthélemy ». Quelques temps plus tard, la Communauté des Amis des Premiers Chrétiens voit le jour.

Dans le même temps, le prêtre est interdit par son évêque, Monseigneur Laurent AKRAN MANDJO, d’exercer sa pastorale en dehors de sa paroisse. Il lui reprochait de délaisser les activités paroissiales au profit de son ministère.

C’est seulement à partir de janvier 2002 que les activités reprennent dans le diocèse d’Abengourou notamment. Quelques mois plus tard, l’Abbé Gobou exprime le désir de créer une communauté. L’année qui suit, le centre des catéchistes de Dabou lui est accordé pour exercer son ministère à plein temps.

En 2005, la Communauté des Amis des Premiers Chrétiens change de nom pour devenir "Communauté Catholique des Amis des Premiers Chrétiens".

Les témoignages de personnes guéries après des séjours auprès de l’homme de Dieu continuent d’affluer. En 2014 par exemple, l’Abbé Agoussi, alors curé de la paroisse d’Irobo (Jacqueville), révélait lors de la célébration des 40 ans de sacerdoce du père Gobou que celui-ci parvenait à guérir toutes sortes de maladies y compris la sorcellerie, « les cas de démence, les tumeurs, le désenvoutement et même le VIH-Sida ».

 

Barthélémy Gobou, prêtre ou sorcier ?

Sorcier ? Le premier intéressé, s’en défend. « DIEU n’a pas fait de sacrifice, il n’a pas fait d’incantations, IL a donné simplement les plantes pour se soigner. Pourquoi nous voulons compliquer les choses ? Alors si je simplifie les choses, on dit que je suis sorcier, « ta puissance vient d’où ? ». Je n’ai aucune puissance. Je soigne avec les plantes en faisant des prières, c’est tout » a-t-il déclaré en 2014 lors de la dédicace de sa première œuvre biographique.

Pour le Docteur Alphonse Sékré Gbodjé, aujourd’hui auteur de deux ouvrages sur l’homme particulier et sa méthode controversée, « l’Abbé Barthélémy avant tout est prêtre. Quand on le retrouve dans son centre (CCAPC, ndlr), c’est un prêtre ordinaire, parce qu’il officie les messes, il célèbre l’Eucharistie et il est attentif aux misères du peuple, des malades. Mais ce qui fait sa particularité c’est qu’il détient certains secrets de la nature. Il soigne à la plante ». Pour l’enseignant chercheur, c’est juste parce qu’il est incompris que le père est taxé de sorcier, de génie ou de fou.

Bernard Agbo, professeur de philosophie et l'un des responsables de l'UCAO, partage cet avis. Pour lui, Barthélémy Gobou est un prêtre-guérisseur.  «Est-ce qu’un sorcier peut être en soutane ? », s’amuse-t-il à questionner.

 

 Pour approfondir le sujet: https://www.youtube.com/watch?v=-YeAVjG32p4

 

 

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