Société

Italie: «Il faut juste qu’on trouve le bon Noir à arrêter»

Italie: «Il faut juste qu’on trouve le bon Noir à arrêter»

Chaque mardi, la vie vue d'Italie. Cette semaine, un immigré ghanéen a été interpellé dans la banlieue de Naples par des policiers qui avaient monté de toutes pièces un dossier le présentant comme jihadiste. Il a finalement été libéré de prison.

L’objectif devait être un supermarché Auchan à Giugliano, dans la banlieue de Naples. Selon les carabiniers qui ont arrêté le 25 juin Osman Kailu Munkail un immigré ghanéen de 37 ans, celui-ci s’apprêtait à commettre un attentat au nom d’Allah. A son domicile, les forces de l’ordre ont trouvé deux pistolets dont un colt calibre 7,65, mais aussi un petit carnet dans lequel le suspect avait proféré des menaces à l’encontre des «mécréants» ainsi que des livres de prière en arabe. Employé agricole, séjournant légalement en Italie, l’homme était inconnu des services de police. Les autorités italiennes n’ont pas précisé si Osman Kailu Munkail faisait partie d’un réseau jihadiste plus structuré et s’il avait des complices.

 

C’est apparemment un peu par hasard que les trois carabiniers, dont deux sous-officiers, ont découvert les activités de l’individu et l’ont interpellé chez lui, dans un immeuble habité par des immigrés. Selon les premiers éléments de l’enquête, Osman Kailu Munkail avait effectué des repérages au supermarché et avait établi une carte du centre commercial avec des objectifs à frapper. Le terroriste présumé, qui risque dix ans de réclusion, a été immédiatement conduit à la prison lundi soir. Et il en est ressorti le lendemain matin. Libre. Relâché sur ordre du parquet de Naples. Tandis que les trois policiers ont pris sa place en prison.

«Il faut qu’on libère cette merde…»

Dans le cadre d’une enquête de la brigade financière sur diverses malversations, les trois militaires étaient depuis plusieurs semaines sous écoute téléphonique. C’est ainsi que les magistrats ont pu établir que les trois carabiniers, âgés de 45, 48 et 50 ans, ont monté de toutes pièces une infâme machination. Avec comme objectif d’être promus par leurs supérieurs. «Si on fait le coup, ils nous donnent le prix de l’année. Il faut juste que l’on trouve le bon Noir à arrêter», dit l’un des militaires, selon l’un des extraits des conversations téléphoniques publié par la Repubblica. C’est ainsi que le «bon Noir», Osman Kailu Munkail, a vu débarquer chez lui, à l’improviste, trois carabiniers qui ont mis sa maison sens dessus dessous et placé un peu partout les fausses preuves de sa radicalisation islamique. «Ils m’ont mis sous le nez des pistolets et un coran. J’étais avec des amis et j’ai tout de suite dit, "ce ne sont pas les miens"», a raconté la victime. L’un des militaires lui aurait même lancé :«C’est terminé! Tu dois mourir en prison. T’es un musulman. Mais maintenant, il n’y a plus Renzi. Salvini est arrivé. Je vais te détruire…»Avant d’être relâché et sans qu’on lui rende son portefeuille un gardien se serait plaint : «Il faut qu’on libère cette merde…». L’arme des carabiniers a suspendu les trois militaires. Ceux-ci sont accusés de faux, de calomnies et de détention d’armes clandestines. Ils ont présenté leurs… excuses à la victime et à l’institution. Le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, n’a en revanche fait aucun commentaire préférant sans doute s’en tenir à son mot d’ordre : pour les clandestins, «la belle vie est terminée».

 

 

liberation.fr

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