Société

Fêtées un jour, bafouées toute l'année

Fêtées un jour, bafouées toute l'année

En ce 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, nous voyons pulluler sur les réseaux sociaux de nombreux messages, commerciaux ou non, qui tentent de mettre les femmes à l'honneur de façon maladroite, comme si le fait de fêter la femme un seul jour était suffisant pour le reste de l'année.

 Mais beaucoup de gens ont oublié qu'en réalité, en ce 8 mars, il n'y a rien à fêter. Cette journée existe simplement pour rappeler qu'encore aujourd'hui, les droits des femmes sont bafoués. Journée internationale des droits des femmes: pourquoi le 8 mars? Selon l'ouvrage Luttes de Femmes de Bibia Pavard et Michelle Zancarini-Fournel (2013), c'est en 1910, à Copenhague, que la socialiste allemande Clara Zetkin a émis l'idée de fixer une "Journée internationale des femmes" lors d'une conférence internationale des femmes socialistes; la journée du 8 mars a été choisie un peu par hasard. 

Au fil des années, la journée du 8 mars a été le témoin de nombreuses manifestations de femmes - en 1917 à Saint-Pétersbourg, en 1921 en Italie, en 1946 en France, etc. - qui réclamaient la paix, l'amélioration du sort de leurs familles et des travailleuses. Cette journée du 8 mars a ainsi commencé à prendre de l'ampleur, jusqu'en 1972, où elle est réellement devenue une journée de lutte pour la libération des femmes: "Ce ne doit pas être une journée de fête mais une journée de lutte contre les machos", était l'un des slogans des féministes de l'époque.

En 1977, les Nations unies officialisent le 8 mars comme étant "La journée internationale des droits des femmes" et, en 1982, la France fait de même.

D'une lutte des droits des femmes aux déviances commerciales
Peu de temps après l'officialisation de la journée du 8 mars, la France, guidée par la politicienne Yvette Roudy depuis peu à la tête du nouveau ministère des Droits de la femme, a intégré la question des droits des femmes dans sa démocratie; la place des femmes dans la société est enfin reconnue, et le 8 mars est l'occasion pour les femmes de revendiquer leurs droits.

Malheureusement, plus de trente ans après, nous pouvons réellement nous demander ce qu'il reste de la coloration politique de la Journée internationale des droits des femmes, devenue sous la présidence de Jacques Chirac - et malgré les protestations des féministes -, "La journée de LA femme".

Désormais, en ce 8 mars, les droits des femmes sont à peine évoqués. Pire encore, sous des airs de Saint-Valentin et de fête des Mères, la Journée internationale des droits des femmes est empreinte d'une touche commerciale: le 8 mars, l'électroménager est en réduction, vous aurez des pourcentages sur votre lingerie, vous bénéficierez gratuitement de conseils minceur. Alors autant en profiter? Non. Aucune femme ne sera défendue avec des bons de réduction.

Et les hommes, dans tout ça?
Messieurs, si les droits des femmes font partie de vos préoccupations quotidiennes, faites comme nous: en ce 8 mars, agissez de la même façon que durant tous les autres jours de l'année.

Mais dans le cas contraire, le mieux à faire est encore de se taire, et de ne surtout pas suivre les faux conseils qui circulent sur le net. Parce que non, ce n'est pas en vous mettant du rouge à lèvres pour soi-disant lutter contre les violences envers les femmes que vous nous aiderez. Ce n'est pas non plus en mettant des talons hauts que vous lutterez avec nous contre le sexisme, ce n'est pas en nous préparant un petit-déjeuner que vous vous battrez pour l'égalité des sexes et, surtout, ne nous achetez pas de bouquets pour nous mettre à l'honneur; il n'y a que Banksy pour vouloir croire qu'on peut lutter avec des fleurs.

Le 8 mars, seuls les droits des femmes devraient être revendiqués: leurs droits à ne pas être soumises, à ne pas être abusées, à ne pas être discriminées ou violées, à ne pas être mariées de force, à ne pas être excisées, à ne pas valoir moins qu'un homme, simplement parce qu'elles sont nées femmes. Une lutte qui, merci aux mouvements féministes, n'est heureusement pas limitée au 8 mars. Rappelons-le donc encore une dernière fois: aujourd'hui, ce n'est pas la "Journée de la femme". C'est la Journée internationale des droits DES femmes.

 

 

                                                                7sur7

 

Commentaires