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Côte d’Ivoire/ La vente d’herbe pour le bétail, un business qui rapporte gros

Côte d’Ivoire/ La vente d’herbe pour le bétail, un business qui rapporte gros

La vente d’herbe pour le bétail est un métier négligé qui fait pourtant vivre son homme, rapportent des acteurs qui l’ont fait savoir samedi à l’AIP, au quartier Bromakoté de Ferkessédougou.  

 

« Il suffit d’avoir une faucille, un engin (une bicyclette, une moto ou une charrette, ndlr), un peu de courage, pour aller chercher de l’herbe dans les parages et les livrer au marché de ruminants. C’est une denrée qui est très prisée », assure Karembé Abdoul, un livreur de bottes d’herbe au marché de bétail de Ferkessédougou.

 

Mouktar Tiembenar est originaire de Bandiagara, au Mali. Venu « se chercher » en Côte d’Ivoire, il y a plus de dix ans, ce livreur d’herbes pour le bétail dit être plutôt satisfait.

 

« J’ai poussé ‘wotoroh’ (pousse-pousse, ndlr) pendant plus de trois ans sans grand changement dans ma situation sociale ici, à Ferké. J’ai été manœuvre pendant des mois, toujours rien! », se souvient Mouktar, évoquant un passé de souffrances et de difficultés financières.

 

C’est ainsi qu’il se résout à suivre les conseils d’un berger peulh, las de lui prêter toujours de l’argent qu’il arrivait à peine à rembourser. « Pourquoi, ne vends tu pas de l’herbe ? », lui suggère alors le berger.

 

« J’ai pris cela pour des railleries, mais plus sérieux, il m’a offert une faucille et une vieille bicyclette. Il a acheté mes premières livraisons avant de m’orienter vers le marché de bétail. Et depuis, nous sommes plusieurs dans ce business mais nous n’arrivons pas à satisfaire toutes les commandes », soutient le vendeur d’herbes qui, en six ans d’activité, s’est acheté une maison au quartier Mossibougou.

 

« J’ai acheté également un tricycle à un million cinquante mille francs CFA, et j’ai une moto pour offrir plus de services à mes clients », relate Mouktar, faisant observer que la botte d’herbe coûte 100 FCFA.

 

Aujourd’hui, à l’aide de sa motocyclette, Mouktar livre 47 bottes par voyage, à raison de six à dix voyages par jour. « Je n’ai pas de patron qui me stresse, ma seule pression, ce sont les commandes qui sont de plus en plus fortes », indique-t-il.

 

Interrogé sur les difficultés dans ce métier, il rétorque qu’il faut savoir repérer la bonne herbe, se protéger des reptiles et des insectes. « Pour les chasser, il faut faire une battue ou se munir des remèdes traditionnels: une poudre noire (disponible sur le marché local) qu’on répand un peu autour. Ça les neutralise, et savoir faucher, c’est tout! », confie Tiembenar.

 

A 56 ans révolus, Mouktar Tiembenar est dépité par le comportement des jeunes gens oisifs. « Ils veulent gagner beaucoup d’argent sans transpirer un peu. Pendant mes activités, j’en rencontre dans les buissons en train de fumer de l’herbe (drogue, ndlr). Ils osent même m’inviter à fumer avec eux, disant que mon métier est dangereux. Et la drogue qu’ils fument ? », s’alarme-t-il.

 

En période de grande sécheresse, Mouktar prend son tricycle pour aller chercher l’herbe un peu plus loin, dans des villages reculés. « Là, c’est un peu plus cher et ça rapporte gros », explique-t-il.

 

Cette activité s’avère plus juteuse durant la période de la Tabaski, avec l’abondance de bétail sur les parcs en raison du sacrifice du mouton commémoré par la communauté musulmane.

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