Société

Côte d’Ivoire/ Impatience des populations de San Pedro devant la pénurie d’eau potable de plus d’un mois (Reportage)

Côte d’Ivoire/ Impatience des populations de San Pedro devant la pénurie d’eau potable de plus d’un mois (Reportage)

D’importants travaux de voirie dans des quartiers de la ville de San Pedro ont entraîné depuis plus d’un mois la coupure de l’eau fournie par la Société de distribution d’eau de Côte d’Ivoire (SODECI), provoquant l’impatience voire la colère chez les populations, qui s’efforcent par tous les moyens s’approvisionner.  

 

San Pedro est en chantier depuis début novembre 2017, date de démarrage des travaux de réhabilitation et de construction de 22 km de nouvelles voies bitumées, dans quatre grands quartiers, notamment Cité, Lac, Manzan, Zimbabwé. Depuis plus d’un mois, la plupart des ménages de ces quartiers n’a pas d’eau dans son robinet, en raison de la destruction des anciennes canalisations par les bulldozers.

 

De nouvelles habitudes pour s’approvisionner en eau

 

Dans de nombreux foyers de ces quartiers, les femmes et les hommes, qui n’ont pas de puits à domicile, parcourent souvent de grandes distances pour se fournir en eau auprès des personnes qui en possèdent. Au foyer dortoir des jeunes, au quartier Lac, où vont s’approvisionner de nombreuses personnes, « la demande est souvent si forte, que le puits est fermé, par moment, afin de permettre un renouvellement de l’eau, quand une baisse considérable du volume d’eau est constatée », explique l’une des résidentes du foyer, dame Gnabro Marina.

 

Insolite, au début du mois de mars, il est devenu aujourd’hui banal le spectacle d’attroupements d’hommes et de femmes, ou de longues files de personnes, tenant de grandes cuvettes, des bidons et bassines, en attente du seul camion-citerne de l’Office national de l’eau potable (ONEP), qui passe chaque trois jours fournir de l’eau à certains points des différents quartiers concernés.

 

Il arrive souvent que des personnes se fassent voler leurs cuvettes ou bidons, quand elles viennent les déposer en file indienne, en attendant l’arrivée du camion-citerne. Cependant, les bousculades, constatées au début de l’opération de distribution de l’eau par l’ONEP, ont laissé place à une organisation au sein des populations elles-mêmes, afin de faciliter la distribution de l’eau. Mais, selon les populations, cette opération de l’ONEP est « insuffisante ». Elles déplorent l’insuffisance de l’eau fournie et le fait que le camion n’ait pas de jours, ni d’heures fixes de livraison de l’eau.

 

« On a besoin d’eau. Le camion-citerne ne passe que deux fois dans la semaine. Ainsi, depuis bientôt deux mois, on souffre, on n’est pas habitué à ça. On nous a dit au départ que cela allait durer de trois jours à une semaine, et maintenant nous ne savons plus quand va s’arrêter notre souffrance », a déclaré dame Sadia, habitante du quartier Manzan.

Cadres dans une entreprise au port, le couple Hamza, réside au quartier Lac. L’homme et son épouse ont souvent recours au service de tricycle pour convoyer cinq gros bidons de 20 litres d’eau potable, qu’ils vont chercher régulièrement chez des amis, au quartier Cité.  D’autres ménages payent à 1500 FCFA, chez des vendeurs d’eau, le remplissage de quatre bidons de 20 litres chacun.

 

Ainsi, pour avoir une réserve d’eau de deux à trois jours pour sa famille, dame Sophie, institutrice, résidant au quartier Lac-Francophonie, fait remplir ses huit bidons de 20 litres chacun, soit 160 litres, à 3000 FCFA. Les frais de transport par tricycle lui reviennent à 2000 FCFA, et à 1000 FCFA quand il s’agit de ‘’pousse-pousse’’, sorte de chariot, fait de planches, sur des pneus usagés de voiture.

 

Les raisons de la durée des travaux d’installations des nouveaux canaux

 

Initialement, les travaux d’installation des tuyaux d’eau de la SODECI, des câbles téléphoniques et électriques, devaient durer une semaine à deux semaines, selon un technicien. Mais un problème de coordination, entre les sociétés en charge de la construction de la voirie et celles ayant des canaux à installer, a pesé sur l’évolution normale des travaux.

 

En effet, il a été constaté au démarrage des travaux que les bulldozers ont été les premiers à raser les anciennes installations traversant par endroits les voies. Par la suite, les travaux d’installation des nouveaux canaux se déroulaient en même temps que les machines effectuaient des terrassements sur la voirie. Ces chevauchements de travaux, selon des techniciens ayant requis l’anonymat, « sont les véritables causes de la durée des travaux ».

 

Des rencontres entre les parties engagées dans ces travaux, a permis d’harmoniser l’évolution des chantiers. Ainsi, il a été convenu que les machines travaillant sur le terrassement fassent une pause, pour permettre l’installation rapide des canaux. Du côté de la SODECI, l’on rassure qu’à la fin de la semaine en cours, à savoir d’ici au plus tard le 16 avril, l’ensemble des ménages actuellement impactés par ces travaux, devraient à nouveau être raccordés au réseau et recevoir de l’eau dans les robinets.

 

Mais, malgré ces assurances données, les populations restent dubitatives, parce que selon certaines d’entre elles, « ces assurances ont été données plusieurs fois sans résultats ». « On attend donc de voir», déclare Poka, habitant du quartier Manzan.

 

Au total, a-t-on noté, les travaux d’installation des tuyaux de la SODECI s’entendent sur près de 8 km de voies, dans les quartiers Zimbabwé, Jules-Férry-Manzan-Lac, et Cité.

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