Société

Côte d’Ivoire/Apatridie: La situation est grave

Côte d’Ivoire/Apatridie: La situation est grave

Toute personne ayant des difficultés à prouver qu’elle réunit les critères pour être considérée comme nationale d’un pays est qualifiée de « cas de risque d’apatridie ». Selon le Service d’Aide et d’Assistance aux Réfugiés et Apatrides (SAARA), l’identification joue un rôle important car elle permet de prendre des mesures de prévention. Dans ses actions en vue de trouver une solution pour ces personnes, l’Organisation pour la réduction de l’Apatridie (ORA) à travers son président Kahi David, interpelle, dans une interview accordée à l’AIP, sur l’urgence à œuvrer pour ne pas que ces dernières deviennent des apatrides.

 

 

AIP : Comment se fait le travail d’identification sur le terrain ?

Kahi David (KD): L’apatride, il est invisible. On les retrouve au cours de nos activités de sensibilisation. Il y a des parents qui nous approchent pour nous dire qu’ils n’ont pas de document et qu’ils ne savent pas comment avoir ces documents. Quand nous approfondissons les échanges avec ces personnes, on constate parfois que c’est des risques avérés d’apatridie parce que si rien n’ai fait dans un délai précis, ils seront apatrides.

Je prends l’exemple d’une dame qui est venue me voir pour me dire qu’elle a sa fille qui a eu un enfant avec quelqu’un qui n’a pas reconnu la grossesse et la mère est décédée après. Elle n’a pas de document de sa fille et sa petite-fille n’a pas de document, donc la petite devient une apatride parce qu’elle n’a pas de document de ses parents pour établir ses papiers.

Il y a aussi une femme qui a perdu son mari et ce dernier n’avait pas déclaré leurs enfants. Elle n’a pas de carte d’identité et aujourd’hui elle a des problèmes pour déclarer ses enfants à l’état-civil.

AIP : Après l’étape d’identification, comment vous aidez ces personnes avoir des documents comme vous le dites ?

KD : Parfois, nous les assistons mais il y a des cas, qui sont nombreux, où on fait des référencements au niveau du HCR et du SAARA, qui sont vraiment habiletés à accompagner ces personnes. On a eu à aider des personnes à Rubino où on a identifié 100 cas en mars 2017. Il y a 37 cas où on a pu réunir au moins un document d’un des parents qui sont actuellement en train d’être finalisés au niveau de la mairie.

AIP : Quelles sont les localités les plus touchées par l’apatridie ?

KD : Les personnes à risque d’apatridie sont plus présentes dans les zones rurales et il faut aller dans les zones reculées pour apporter une réponse. Notre point focal d’Aboisso nous a rassuré qu’il y a des cas. Certains ont fait des témoignages et la plupart ce sont des femmes qui hébergent des enfants qui ne peuvent pas avoir des extraits, qui ne peuvent pas aller à l’école. Nous avons des personnes qui ne peuvent même pas quitter leur village pour la ville la plus proche. Nous avons croisé une femme qui n’a jamais quitté son campement Gbapleu, vers la frontière Côte d’Ivoire-Guinée, pour Danané parce qu’elle n’a pas de documents pour se déplacer. Elle ne connaît pas ses parents et le problème n’est pas encore résolu. Nous continuons les démarches.

AIP : Avez-vous actuellement des cas de risque d’apatridie ou des apatrides sous la main ?

KD : Nous étions l’année dernière à Ferké où on a eu surtout les enfants migrants. Ils ne savent pas d’où ils viennent. On est en train de faire des démarches pour voir comment aider ces personnes. Plus de 1.000 cas sans documents ont été enregistrés à Ferké et on est en train de les traiter. Ils sont à risque d’apatride parce qu’on continue de mener encore des investigations. C’est difficile de dire à quelqu’un qu’il est apatride. Quand vous voulez affirmer qu’il est apatride, c’est que vous avez fait tous les recours à savoir d’où il vient, où il est quitté, où il s’est arrêté aussi ce qu’il fait pour pouvoir définir qu’il est apatride. Pour le moment, on dit qu’il court un grand risque d’apatride.

AIP : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans vos actions ?

KD : On rencontre des difficultés ! Parfois, c’est une juste approche au niveau du ministère de la Justice et de l’état-civil en place de pouvoir aider ces personnes à régulariser leur situation. Parfois, quand nous ramenons ces personnes au niveau du Ministère, on nous dit parfois qu’il n’y a pas de financement pour pouvoir aider toutes ses personnes. Nous, nous avons la chance de pouvoir aller sur le terrain pour détecter ces cas mais quand nous les ramenons, il faut que nous puissions avoir des réponses adéquates. Mais quelques fois, elles sont tardives ou peut-être elles n’arrivent pas. Parfois, ces personnes n’ont pas de réponse. On a eu des dossiers qui n’ont pas eu gain de cause, qui n’ont pas été traités et jusqu’aujourd’hui nous menons des démarches auprès du Ministère de la Justice. Il y a eu plusieurs cas qui ont été introduits mais il y a eu aussi des rejets. On a des plaidoyers pour une réforme sur la loi relative aux certificats de nationalité  afin de faciliter la déclaration de ses personnes. On a aussi des difficultés financières…

 

 

 

 

 

Avec Imatin

 

 

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