Société

Suspension de la grève de la faim du Pr Amoa Urbain: Le bon sens a prévalu

Suspension de la grève de la faim du Pr Amoa Urbain: Le bon sens a prévalu

Son mouvement de colère a secoué la toile ! Professeur Amoa Urbain, fondateur et Recteur de l’Université Charles Louis de Montesquieu observait, depuis mardi dernier, devant la Basilique Notre dame de la Paix de Yamoussoukro (centre de Côte d’Ivoire), une grève de la faim. A la demande des plus hautes autorités du pays, l’initiateur du Festival des Rois, Reines et Chefs traditionnels a mis fin à son mouvement avant d’être reçu, hier à 14H, par le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Hamed Bakayoko

A son hôte du jour, le Pr Amoa dit avoir clarifié que son action n’était, loin s’en faut, dirigée contre le Président de la République, Alassane Ouattara. « Je veux qu’on écoute davantage les Ivoiriens. C’est parce que je n’arrivais pas à avoir d’interlocuteur que j’ai déclenché la première phase de mon action qui pourrait aboutir, dans la seconde phase, à un appel à la désobéissance sociale».
Appréciant la démarche d’Hamed Bakayoko qui, selon lui, s’inscrit dans « la Diplomatie coutumière » empreinte d’une « élégance langagière », Amoa Urbain a aussi expliqué que son mouvement n’avait pas pour finalité « la nomination à un poste » ou une quelconque rétribution pécuniaire.
Il a toutefois exprimé son infinie gratitude au ministre d’Etat à qui il a remis toute la documentation ayant trait aux trois points fondamentaux qui l’ont poussé à débrayer.
Il s’agit, dans un premier temps, de la création, la composition et le fonctionnement de la Chambre des Rois et chefs traditionnels.
A ce sujet, l’universitaire dont les travaux de recherche ont été le substrat de la création de cette chambre dit avoir été floué.
« Pour moi, les membres de cette chambre devraient être l’émanation de la base vers le sommet. Alors que certaines personnalités qui y siègent, au plus haut niveau, ont été cooptés et n’ont pas le profil pour peser sur un quelconque conflit ». Il dit également s’insurger contre la nomination, dans cette structure des têtes couronnées, de « chefs non résidents ».
La seconde raison de son courroux, c’est la cherté de la vie. A ce niveau, le recteur de l’Uclm s’est dit ulcéré de constater que la Côte d’Ivoire importe encore du riz. « Rien n’est fait pour l’autosuffisance alimentaire », proteste-t-il. Amoa Urbain croit qu’il faut remettre d’aplomb « la Coupe nationale du progrès », « des subventions conséquentes aux producteurs de maraichers et de vivriers », pour que tous les Ivoiriens mangent à leur faim. La troisième préoccupation qui l’a poussé à s’abstenir de boire et de se nourrir de mardi à hier, c’est « la mal gouvernance ».
Selon ses dires, il a été ulcéré d’entendre, le 1er mai dernier, lors de la célébration de la Fête du travail, le Président de la République recommander à ses ministres d’être attentifs aux revendications des syndicats et autres organisations de la société ivoirienne. « Cela devait aller de soi ! Les ministres doivent être au service du peuple en réalité. »
Dans la gouvernance locale, il réprouve que la plupart des autorités n’aient aucune proximité avec les populations. « Parmi les maires, les présidents de Conseils régionaux beaucoup ne sont pas résidents. En cas de crise ou conflit dans ces localités, les actions et moyens des pré- fets et sous-préfets sont souvent limités. Et si cela n’est pas juguler, des crises profondes pourraient éclater dans nos régions ».
Au-delà de ces trois questions, bien d’autres préoccupations liées à la Constitution, au programme spécial de transfert de la capitale à Yamoussoukro, prévu par la loi, ont été évoquées. Au final de la rencontre avec Hamed Bakayoko, Amoa Urbain dit toute sa satisfaction de la qualité des échanges et la profondeur de l’esprit de conciliation qui ont prévalu. Son hôte ayant promis se remettre au chef de l’Etat, Amoa Urbain dit attendre que la «diplomatie coutumière » dont il est l’initiateur prenne le pas sur tout !


JEAN-ANTOINE DOUDOU

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