Dans 1 cas de cancer du sein sur 100, le patient est un homme. Pourtant, l’existence de ces victimes masculines est une réalité peu connue. Peu informés sur la prévention de la maladie, ils ne consultent que lorsque les symptômes apparaissent. La maladie est alors à un stade avancé.

Le cancer du sein est une pathologie liée à l’œstrogène, une hormone très présente chez la femme. Les hommes en possèdent peu mais suffisamment pour pouvoir déclarer la maladie. Leurs glandes mammaires sont donc moins développées et moins stimulées. «C’est ce climat hormonal qui fait que les hommes sont moins atteints par le cancer du sein que les femmes» rappelle Daniel Zarca, chirurgien cancérologue à l’Institut Français du Sein de Paris.

Une «maladie anormale pour l’homme»

Comme les femmes, les hommes sont sensibles à certains facteurs de risques environnementaux: exposition aux rayonnements, à certaines molécules toxiques... Une trop forte consommation d’alcool ou l’obésité peuvent également induire un cancer du sein. Ils peuvent pâtir de risques spécifiques comme une anomalie testiculaire.

Mais la principale cause chez l’homme est génétique. Certains hommes, atteints du syndrome de Klinefelter qui ajoute un chromosome X à leur ADN, sécrètent plus d’œstrogènes, ce qui entraîne un développement du sein et des risques qui y sont liés. La prédisposition génétique due à la mutation des gènes BRCA (BReat CAncer, qui servent à réparer les lésions de l’ADN) 1 et 2 est aussi la source d’environ 15% des cancers du sein chez l’homme.

Certains médecins militent donc pour un diagnostic génétique régulier en cas de cancer du sein chez l’homme. «Un test génétique systématique permettrait de savoir si la cause du cancer est d’origine génétique et de prévenir d’éventuels cas de cancers dus à cette même mutation des gènes dans la famille du patient» souligne le Dr Zarca.

La détection à un stade avancé de la maladie

Chez les hommes, les cancers du sein sont donc décelés trop tardivement, «souvent lorsqu’une boule est visible. La maladie peut aussi être signalée par une déformation de l’aréole ou du mamelon» précise l’expert. La cause de ce retard? Le manque de consultations à l’instar des femmes qui se rendent régulièrement chez leur gynécologue. Il n’existe en outre aucun dépistage organisé pour les hommes. Les malades, qui ont généralement une soixantaine d’années, ne peuvent être diagnostiqués qu’une fois les symptômes déclarés.

Après la découverte de la tumeur, le traitement pour la retirer est souvent radical. L’homme subit une mastectomie (ablation totale du sein) alors que la tumorectomie (ablation de la tumeur) est privilégiée chez la femme. «De même, on ne fait pas de reconstruction mammaire car les hommes n’ont pas le souhait de recréer le volume d’une poitrine» explique le chirurgien.

Effets secondaires et troubles sexuels

La chimiothérapie, la radiothérapie et la thérapie ciblée qui bloque le mécanisme d’une cellule spécifique, ici la cellule cancéreuse, sont la source de nombreux effets secondaires: fatigue, perte de cheveux et inflammations de certaines zones sont le lot commun des patients.L'hormonothérapie est tout aussi contraignante. À cause de la molécule Tamoxifène employée dans le traitement, les hommes sont également plus enclins à développer les mêmes effets indésirables qu’un malade atteint d’un cancer de la prostate, à savoir des difficultés d’éjaculation, des bouffées de chaleur ou une impuissance sexuelle.

Il est nécessaire de parler de ces désagréments, insiste le Docteur Thomas Bachelot, oncologue au centre Léon Bérard de Lyon: «Avant, les troubles sexuels n’étaient pas un sujet de discussion entre le médecin et son patient. Désormais, on le redirige vers un spécialiste, si nécessaire»