Portrait

Evariste Méambly/ Itinéraire d’un caméléon politique

Evariste Méambly/ Itinéraire d’un caméléon politique

Le réalisme politique de Nicolas Machiavel fait, semble-t-il des émules dans la classe politique ivoirienne. L’une des personnalités politiques à l’avoir bien perçu est le député de Facobly, Evariste Méambly, qui joue de la duplicité pour atteindre ses objectifs. Zoom sur l’enfant d’Abobo derrière rail qui a ‘‘bori son minds’’ (fait travaillé ses méninges) pour se faire une place au soleil.

Une enfance difficile

L’actuel président du Conseil général du Guémon ne s’en cache. Il vient d’Abobo-derrière rails, un ghetto, sous-quartier d’une commune réputée pour son insécurité. Issu d’une famille pauvre, il avoue que c’était la croix et la bannière pour les siens surtout que son père avait perdu son emploi. Le jeune Evariste Méambly ne plie pas l’échine sous le poids des difficultés. Loin s’en faut. Il s’essaie aux petits métiers tels que le cirage de chaussures pour joindre les deux bouts. Ainsi, il s’accommode à l’ardeur et apprend à prendre les coups sans rompre. Le salut viendra d’une européenne qui l’adopte. Il dit détenir son sens du don de cette dernière, directrice des ressources humaines dans une prestigieuse entreprise.

L’âme au PDCI

Spécialisé dans le domaine commercial, agropastoral et financier après des études en Europe, Evariste Méambly fait ses preuves à la tête du Mouvement des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire (MEECI), mouvement estudiantin proche du régime de Félix Houphouet Boigny. Il noue des relations avec la famille Bédié qu’il ne lâche plus. Du reste, il se réclame ‘‘petits-fils du 19ème membre fondateur du Pdci-Rda en la personne de Kouisson Keletigui’’, l’un des 34 membres du parti fondé le 9 avril 1946 à Treichville.

Le Conasfor et le régime Gbagbo

C’est aux heures de braise de la rébellion ivoirienne qu’il se fait découvrir par les Ivoiriens à travers son Comité national de soutien aux Forces de réunification (Conasfor). Une structure, dit-il, patriotique d’hommes d’affaires avec pour mission de soutenir la réunification de l’armée et les efforts de paix. Selon nos sources, Méambly n’a pas hésité à offrir un véhicule à Charles Blé Goudé pour lui témoigner son soutien dans la résistance patriotique. Mieux, cette structure a servi de prétexte pour se rapprocher du régime Gbagbo dont il était également dans les bonnes grâces. Quitte à s’engager personnellement pour la réélection de Laurent Gbagbo en 2010. « J’apprécie le combat de Gbagbo et son épouse depuis l`opposition. J’admire leur courage pour ramener la paix en Côte d`Ivoire. », affirme-t-il.

 Instrument du PDCI contre Mabri

Sa duplicité, la direction du parti en est largement imprégnée. A preuve, le Rassemblement des Houphouetistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), coalition au pouvoir, outrepasse en 2010 le tout puissant président du Conseil régional du Guémon qu’il est, pour confier sa campagne à Anne Ouloto, issue de la région voisine du Cavally.  Il n’est pas le seul capitaine à bord du bateau du Guemon. Par contre, quand il s’agit d’aller au charbon contre Albert Mabri Toikeusse, autre cadre du grand Ouest, l’on a recours à ses services. Méambly n’y va pas du dos de la cuillère avec le président de l’Union pour la Démocratie et la Paix en Côte d’Ivoire (UDPCI). Il fut l’un des premiers à exiger vertement la démission de ce dernier pour s’être opposé à l’appel de Daoukro marquant le soutien de la candidature unique d’Alassane Ouattara à la présidentielle 2015. « Je ferais la paix avec lui (Mabri Toikeusse Ndlr) à condition qu’il ne menace pas les intérêts du Pdci et du Rhdp à l’Ouest. Tant que Mabri dira qu’il est candidat contre le Pdci en 2020, il me trouvera sur son chemin. », indiquait-il le 10 juillet 2015. L’on se demande bien sous quelle bannière sera-t-il candidat à ces mêmes joutes électorales pour lesquelles il a officialisé sa candidature lors de la tournée du Front populaire ivoirien (FPI) ce mois-ci à l’Ouest du pays.

Les feux des projecteurs

Les feux de la rampe, Evariste Méambly en raffole. Son dynamique service de communication ne se ronge point les pouces. Sous Gbagbo, le ministère de défense lui avait reproché d’associer son image à celle de l’armée à travers ses grandes affiches répandues à travers dans la ville d’Abidjan sous le couvert du Conasfor. Ce côté narcissique demeure toujours. Evariste Méambly, fort de ses neuf députés au Parlement ivoirien a trouvé la saugrenue idée de défier l’ogre Guillaume Soro à la présidence de l’Assemblée nationale en janvier 2017. Il n’aura que 12 voix contre 230 pour son adversaire. L’objectif est toutefois atteint. Méambly le savait. Il n’avait aucune chance de battre Soro si ce n’est d’attirer l’attention des caméras sur sa prouesse. Celle d’avoir neuf députés au Parlement là où Pascal Affi N’guessan, président du FPI, chef de file de l’opposition, en a seulement deux.

En somme, Evariste Méambly réussit bien son pari. Celui d’être à cheval entre le pouvoir et l’opposition et de demeurer présent dans le cœur d’un peuple réputé pour sa loyauté.

 

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