Politique

Violences postélectorales : « Les Guinéens doivent faire confiance aux institutions »

Violences postélectorales : « Les Guinéens doivent faire confiance aux institutions »

Violences post-électorales, accusations de fraude aux élections, éventuel troisième mandat d'Alpha Condé... De passage à Paris pour une « visite d'information », le ministre guinéen de la Communication, Rachid Ndiaye, a répondu aux questions de Jeune Afrique.

Ministre de la Communication depuis janvier 2016, et ancien journaliste, Rachid Ndiaye se donne pour mission de « donner de la visibilité à l’action » du gouvernement d’Alpha Condé. Fin mars, il a fait le déplacement à Paris, notamment pour aller à la rencontre de plusieurs médias dans le but d’« améliorer la perception que les gens ont de l’actualité en Guinée ».

Tandis que le président Alpha Condé et le chef de file de l’opposition, Cellou Dalein Diallo, sont parvenus à un accord de sortie de crise ce lundi, Rachid Ndiaye revient sur le contentieux né des élections communales du 4 février, qui ont donné lieu à des contestations et à des manifestations de l’opposition. De passage à Jeune Afrique, il évoque également le débat qui agite le pays sur l’éventualité d’un troisième mandat d’Alpha Condé.

Jeune Afrique : Quelle est l’objectif de votre visite à Paris ?

Rachid Ndiaye : C’est une visite d’information classique, visant à donner de la visibilité à l’action gouvernementale et à mettre à la disposition des médias internationaux un certain nombre d’éléments d’information en vue d’améliorer la perception que les gens ont de l’actualité en Guinée.

Plus précisément, quels sont les éclairages que vous souhaitez leur apporter ?

Ils sont relatifs à la couverture médiatique des récentes élections communales. Il s’agit notamment de préciser le rôle de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), qui est responsable de l’organisation des élections, mais aussi de rappeler que c’est la justice qui gère les contentieux électoraux. Évoquer également les dernières manifestations, aussi bien celles liées aux résultats du scrutin que celles liées à la crise sociale.

Ces mises au point sont nécessaire, car il faut toujours donner des informations complètes afin d’éviter un traitement partiel, voire partial. Nous vivons une période où l’information va trop vite. Les journalistes ne se donnent pas toujours le temps de sourcer, ni de vérifier un certain nombre d’informations. Il ne s’agit pas des médias classiques, mais principalement de sites Internet ou des comptes sur les réseaux sociaux qui ne sont pas nécessairement animés par des journalistes.

L’opposition a des griefs politiques. La réponse doit être juridique et relève de la compétence des tribunaux

L’opposition a formulé un certain nombre de griefs à l’encontre du déroulement du scrutin. Que lui répondez-vous ?

La problématique est souvent mal posée. Ce n’est pas le parti au pouvoir qui fraude, lors d’une élection organisée par une institution indépendante. La Ceni est paritaire, composée de représentants de la majorité, de l’opposition, de la société civile et de l’État.

La gestion des élections repose sur la Ceni. L’opposition a des griefs politiques. Mais la réponse doit être juridique : elle relève de la compétence des tribunaux.

Mais vos détracteurs remettent en cause l’impartialité de la justice…

C’est cela, la contradiction. On ne peut pas proclamer l’indépendance de la justice et la nier au gré des circonstances. La Guinée a consacré la séparation des pouvoirs. Notre justice est indépendante, nous ne sommes plus à l’époque où les élections dépendaient du ministère de l’Administration du territoire.

Vous avez personnellement affirmé récemment que des groupes armés étaient présents dans les manifestations de l’opposition… 

C’est vrai. Vous avez probablement suivi l’intervention du procureur de la République sur l’interpellation d’un citoyen auquel il est reproché un certain nombre d’actes répréhensibles. C’est à la justice de trancher. On constate que les manifestations ne sont pas uniquement fréquentées par des manifestants. Certes, nous reconnaissons le droit à manifester. Mais je souhaite attirer l’attention sur la présence de personnes armées dans ces manifestations. Il faut mettre un terme à cette spirale de la violence.

 

 

Personne n’a dit qu’un opposant avait tiré sur ses propres troupes. On a simplement constaté des faits

Pour vous, ces groupes armés sont-il issus de l’opposition, laquelle assure que 94 personnes ont été tuées dans des manifestations depuis 2011 ?

Je ne veux pas me livrer à ce genre de procès d’intention. Les éléments factuels à ce sujet doivent être appréciés par la police et la justice, et il ne faut pas oublier les pertes en vies humaines du côté des forces de l’ordre. Les Guinéens doivent faire confiance aux institutions. En cas de mort violente, c’est à la justice de situer les responsabilités, quel que soit le camp des auteurs.

C’est à la justice d’établir cette responsabilité. Elle est en train de situer l’origine politique et sociale de cette personne interpellée. Si on veut accorder du respect à la procédure, il faut d’abord se contenter de la déclaration du procureur, puis attendre l’issue de l’enquête, pour voir la conclusion définitive que l’on peut en tirer.

Personne n’a dit qu’un opposant avait tiré sur ses propres troupes. Personne ! On a simplement constaté des faits de violence imputables à un citoyen, dans un contexte donné. Il faudra attendre l’issue de l’enquête pour que la lumière soit faite.

À quelle échéance estimez-vous que cette lumière sera faite sur les circonstances dans lesquelles tant de manifestants ont été tués depuis 2011 ?

La justice communique régulièrement des informations sur l’état d’avancement du dossier. Mais les citoyens estiment que les choses doivent aller beaucoup plus vite pour situer toutes les responsabilités. Bien évidemment, la justice apportera des éléments de réponse concrets sur le nombre de victimes et sur les conditions dans lesquelles elles sont décédées.

 

 

Si le camp présidentiel estime que le débat [sur un troisième mandat d’Alpha Condé] mérite d’être posé, il le posera au moment opportun

La Constitution guinéenne est sans équivoque : le nombre et la durée des mandats présidentiels ne peuvent être révisés. Pourtant un débat se fait jour sur l’éventualité qu’Alpha Condé prétende à un troisième mandat…

C’est un problème de société. Je pense que les citoyens guinéens sont libres d’aborder cette question, entre ceux qui y sont favorables et ceux qui ne le sont pas. Il n’y a pas de sujet tabou dans notre société. Or cette problématique est toujours posée sur un terrain politicien.

Je crois qu’on peut mener une véritable réflexion sur nos institutions puisque, après tout, ce sont elles qui ont adopté cette « Loi fondamentale » à un moment donné.

Par ailleurs, je vous fait remarquer que la Constitution en vigueur a été adoptée par un Parlement de transition qui n’était pas composé d’élus. Personne n’empêche que le débat se tienne, mais en ce qui concerne le gouvernement les priorités sont à l’achèvement des projets, à la construction d’un certain nombre d’infrastructures permettant d’améliorer les conditions de vie des populations afin de répondre à certains besoins sociaux de base…

Si le camp présidentiel estime que le débat mérite d’être posé, il le posera au moment opportun. En attendant, on ne peut pas à la fois gérer la situation actuelle du pays et des questions qui ne se sont pas encore posées.

En ce cas, pensez-vous qu’il soit nécessaire de faire adopter une nouvelle Constitution par un Parlement élu ? 

Non, je vous livrais juste une observation en rappelant que ce texte a été adopté dans un contexte particulier. C’était les règles sous la transition qui voulaient cela. Mais le peuple étant souverain, je pense que le jour où l’on voudra le consulter sur un sujet aussi important, cette possibilité devrait lui être donnée de pouvoir s’exprimer.

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