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Sommet Chine-Afrique : Pékin déroule le tapis rouge à ses principaux partenaires commerciaux

Sommet Chine-Afrique : Pékin déroule le tapis rouge à ses principaux partenaires commerciaux

La Chine accueille lundi des dirigeants de 53 pays africains pour un sommet célébrant la coopération économique entre le géant asiatique, devenu la deuxième économie mondiale et l'Afrique, un continent hautement stratégique pour Pékin.

Premier partenaire commercial de l'Afriquela Chine organise, lundi à Pékin, un sommet sino-africain largement axé sur la coopération économique, à l'heure où les Chinois tentent de cimenter leur influence dans les pays en développement.

Le président chinois Xi Jinping accueillera pendant deux jours ce septième "Forum sur la coopération sino-africaine", un rendez-vous qui a lieu tous les trois ans, alternativement en Chine et sur le continent africain. Un évènement qui doit s'accompagner d'une série de contrats signés entre la deuxième économie mondiale et ses partenaires.

Parmi les invités confirmés, les présidents sud-africain Cyril Ramaphosa, l'Égyptien Abdel Fattah al-Sissi, le Nigérian Muhammadu Buhari, le Congolais Denis Sassou Nguesso, ou encore l'Ivoirien Alassane Ouattara.

 

En guerre commerciale ouverte avec les États-Unis et Donald Trump, Xi Jinping devrait profiter de ce sommet pour célébrer "l'amitié" entre son pays et un continent où Pékin a multiplié les investissements, particulièrement dans les infrastructures, à hauteur de plusieurs milliards de dollars. Selon le cabinet américain China Africa Research Initiative (Cari), de l'Université Johns-Hopkins basée à Washington, la Chine a prêté à l'Afrique un total de 125 milliards de dollars entre 2000 et 2016.

En Afrique, les Chinois cherchent à allonger "leur liste toujours plus longue de pays amis", particulièrement dans le nord et l'ouest francophone du continent, observe Adebusuyi Isaac Adeniran, expert à l'Université Obafemi Awolowo, au Nigeria. Ainsi, le président nigérian Muhammadu Buhari devrait ainsi assister à la signature d'un accord sur les télécommunications, financé par un prêt de 328 millions de dollars de la banque chinoise d'import-export (Exim), selon son cabinet.

Vu du côté africain, "le besoin d'argent chinois occupera le devant de la scène" lors du forum de Pékin, prédit-il. Lors du dernier sommet, à Johannesburg en 2015, Xi Jinping avait annoncé une enveloppe de 60 milliards de dollars en aide et en prêts à destination des pays africains.

L'argent, le président Xi ne demande pas mieux que d'en prêter à l'Afrique, d'ores et déjà incluse dans ses "Nouvelles routes de la soie", un projet titanesque d'édification de ports, routes et liaisons ferroviaires à travers l'Asie, l'Afrique et l'Europe destinées à relier la deuxième économie mondiale à ses partenaires commerciaux.

"Pas des marionnettes"

Les entreprises publiques chinoises, en mal de matières premières, ont aussi investi massivement dans des pays comme le Soudan du Sud ou la République démocratique du Congo. Mais les prêts chinois soulèvent des inquiétudes pour la stabilité financière de pays qui pourraient se retrouver lestés par un lourd endettement pour de longues années. À titre d'exemple, la dette publique de Djibouti a explosé de 50 % à 85 % du PIB en l'espace de deux ans, suscitant l'inquiétude du Fonds monétaire international (FMI) à l'égard des créances dues à Pékin.

Ailleurs, des citoyens dénoncent parfois le recours à la main-d’œuvre chinoise et des contrats par trop favorables aux entreprises de l'empire du Milieu. À Madagascar, des manifestants ont ainsi protesté pendant des mois en 2016 contre l'octroi pour 40 ans à une société chinoise de droits d'exploitation d'une mine d'or.

Au Kenya, une ligne de chemin de fer financée par Pékin a été critiquée pour son coût et sa construction à travers des parcs nationaux. Mais le ministre kényan des Transports vient d'annoncer qu'une nouvelle tranche du projet serait signée au sommet de Pékin, pour 3,8 milliards de dollars.

Parallèlement, la relation de la Chine avec ses partenaires africains évolue : Pékin ne voit plus seulement l'Afrique comme un marché, mais aussi comme un sous-traitant, afin de compenser la hausse de ses propres coûts de production.

"La Chine cherche à investir dans des industries à fort contenu de main-d’œuvre à mesure qu'elle s'enrichit et vieillit", explique la sinologue Lauren Johnston, de l'Université de Melbourne. L'influence croissante de Pékin provoque parfois des réactions vives. La semaine dernière, le président namibien Hage Geingob a sèchement recadré l'ambassadeur de Chine, qui tentait de lui expliquer ce qu'il faudrait dire lors du sommet.

"Vous n'avez pas à nous dire ce que nous devons faire", lui a-t-il répondu. "Nous ne sommes pas des marionnettes".

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