Politique

Présidentielle de 2015: Essy Amara sort le grand jeu

Présidentielle de 2015: Essy Amara sort le grand jeu

L’ancien ministre des Affaires étrangères sous Félix Houphouet-Boigny se découvre. Essy Amara ne fait pas que recruter, il parle de son défunt mentor et expose son thème de campagne : le dialogue islamo-chrétien. 

La précampagne électorale s’anime… dans un communiqué signé de lui en page 23 du confrère gouvernemental Fraternité Matin, du week-end passé, Essy Amara se dévoile. « Le ministre d’Etat, candidat à l’élection présidentielle 2015 invite… », peut-on y lire. C’est que le prétendu candidat, désormais officiel, à l’accession à la magistrature suprême du pays « recrute ». Des appels téléphoniques sont enregistrés par le comité de soutien, mais quatre jours après la publication de ce « communiqué », le staff d’Essy n’a pas de chiffres disponibles du taux d’engouement, selon un membre de la structure, jointe, hier. En attendant de le faire « plus tard », une autre lucarne promeut le haut cadre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci-Rda). Un site internet à l’effigie de cet ancien ministre des Affaires étrangères de Félix houphouet-Boigny expose aussi les ambitions du diplomate et l’actualité le concernant. Le portail électronique sur fond blanc, est coloré de vert par endroits. Costume gris, cravate rouge bordeaux sur une chemise blanche, le candidat adossé à l’effigie du premier président ivoirien, affiche une mine radieuse. Il est à l’accueil, à l’oreille gauche, en haut de page. Cette présentation est placée sur un bandeau à l’extrême droite duquel on lit « Houphouet, Essy Amara et la foi ». Au milieu de ce ‘’fronton‘’ figure, centrée, la signature de l’auteur du message. Il est l’œuvre du ‘’comité de soutien à Essy Amara‘’. Lequel invite le visiteur à « lire la suite… » sur le site internet. 
Un clic… Et, voici que s’affiche une autre page. Elle déroule sur vingt pages une interview présumée de M. Essy. Il déclare en titre : « Il faut que les politiques sachent qu’un pouvoir qui n’a pas une base spirituelle, n’est pas un pouvoir solide ». Une charge en règle à l’encontre des dirigeants, en général et une moralité de la vie ! Mais l’axe de communication exploré ici met en exergue la vie du fidèle Essy Amara au guide Houphouet dans « son aventure (spirituelle) aux côtés de l’illustre disparu ». Monsieur le ministre, vous avez connu Houphouet-Boigny pendant longtemps. Quel était son regard sur Dieu ? A cette première question, il professe sa connaissance du ‘’vieux‘’. 

Essy conte Houphouët

«Dieu était Tout pour lui. Au centre de tout. Je n’ai jamais vu quelqu’un qui avait une foi aussi profonde que cet homme. Tous les soirs avant de s’endormir, on lui lisait la bible. La lecture s’arrêtait dès que le sommeil le gagnait et reprenait le lendemain. Il connaissait la vie des prophètes, leur nom dans le saint coran, Issa, Mariam, Idriss, etc., ainsi que celle de Jésus et de ses disciples. Il connaissait la Terre Sainte où les trois grandes religions avaient été révélées », a-t-il répondu. Et il a poursuivi en décrivant le côté moral de celui que les Ivoiriens appellent affectueusement ‘’le père fondateur‘’. « Face à une difficulté, révèle l’interviewé, il s’en remettait toujours à Dieu en disant que ‘’s’il n’y a pas de solution humaine à un problème, il y aura toujours une solution divine‘’ ». L’orateur ne confesse pas seulement ce qu’il est, «un homme de foi », tel que présenté par l’auteur de l’interview. Il prouve son houphouétisme… de souche. Autres révélations à faire possiblement la différence, ce sont les détails sur la famille biologique de l’ex-chef d’Etat, décédé le 7 décembre 1993. « Dans sa famille, y avait-il aussi bien les chrétiens que les musulmans? », lui demande-t-on cette fois. « Oui, il a envoyé beaucoup de Baoulé, de Yacouba, de Guéré, d’Abron musulmans à La Mecque. Parmi ses proches, Mamie Djénéba, sa cousine, était musulmane et était toujours entourée par des fidèles musulmans ainsi que quelques imams. Il avait payé sur ses propres deniers, deux ambulances à La Mecque pour assister les malades pendant le hadj », a-t-il avancé. Quid des relations du président qui a dirigé le pays pendant quarante ans ? « Il était un grand ami à Amadou Hampâté Bâ avec qui il aimait discuter longuement, car chacun détenait un pan de la tradition africaine. Il trouvait des similitudes entre celle du Mandingue et des Akan. Les enfants d’Hampâté Bâ étaient ses enfants et il les envoya faire des études en Europe et au Canada. Ayant été président du grand Conseil de l’AOF à Dakar, il avait des relations très étroites avec le Kalife des Mourides à Touba et celui des Tidjanes à Tiwawane. Il contribuait généreusement à toutes les grandes manifestations de ces deux confréries ». Cette suite d’Essy en dit long sur sa connaissance du carnet d’adresses de son mentor. La moralité de sa sortie se trouve dans cette dernière question. Comment expliquez-vous ce regard particulier sur l’islam et les musulmans ? Et, le natif de Bondoukou de répondre : « je peux dire que dans la mesure où il croyait en Dieu, il considérait les musulmans comme ses frères ». En définitive, l’on perçoit son crédo, la « fraternité religieuse ». Le candidat prône notamment le dialogue islamo-chrétien. Une façon bien propre à lui d’espérer la réconciliation nationale dans un pays qui est passé juste à côté d’une crise religieuse lors des affrontements qu’a connus la Côte d’Ivoire. 


Bidi Ignace

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