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Pétrole: l'Arabie Saoudite veut s'associer à la Russie sur le long terme

Pétrole: l'Arabie Saoudite veut s'associer à la Russie sur le long terme

Par la voix de Ryad, l'Opep a annoncé son souhait de s'allier à Moscou sur une période pouvant aller jusqu'à 20 ans dans le but d'éviter une chute des prix du pétrole. Un accord sur cette durée constituerait une première. La nouvelle laisse pourtant les marchés de marbre.  

L'Arabie Saoudite et la Russie alliés sur le long terme. Du moins sur les dossiers pétroliers. C'est ce qu'espère le prince héritier saoudien Mohamed ben Salman. Dans un entretien à Reuters, il fait part de son souhait de nouer un accord de coopération courant sur plusieurs années entre l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), dont il est le leader, et Moscou, qui n'en fait pas partie. «Nous faisons en sorte de passer d'un accord d'une année sur l'autre à un accord sur 10 à 20 ans», a-t-il annoncé, en marge de son déplacement aux États-Unis.

Sur le papier, la nouvelle laisse imaginer un bouleversement du marché pétrolier. L'Arabie saoudite mettrait en place une stratégie de contrôle de l'offre durable avec la Russie, avec pour objectif commun de faire face à la concurrence frontale du pétrole de schiste américain. Cet accord sur le long terme viendrait prendre le relais de celui en vigueur depuis janvier 2017: aux termes de ce dernier, en acceptant de réduire leur production, l'Opep et des pays non membres du cartel, dont la Russie, ont permis au cours du pétrole de remonter la pente pour atteindre environ 70 dollars. Cette stratégie doit être poursuivie jusqu'à fin 2018. 

Mais à quoi ressemblera le nouvel accord dont parle Mohamed ben Salman? Pour le moment, difficile de le savoir. «Nous avons un accord d'ensemble mais pas encore dans les détails», admet ce dernier. Ce flou laisse aujourd'hui les investisseurs perplexes. Sur les marchés pétroliers, les cours n'ont d'ailleurs pas réagi à la sortie du prince saoudien. Focalisés sur les stocks de brut américains, ils ont poursuivi leur baisse à 64,73 dollars pour le WTI et 69,65 dollars pour le Brent mercredi matin.

«La nouvelle n'a rien d'excitant. Pour l'instant, rien n'est gravé dans le marbre, mais on sait déjà que les accords de long terme ne sont pas vraiment respectés», décrypte Alexandre Andlauer, responsable du secteur énergie chez AlphaValue. «L'unique but de ce message envoyé par l'Arabie Saoudite, c'est de dire qu'on ne reviendra pas à une guerre de part de marché. Les prix ne devraient plus rechuter sous les 30 dollars, comme cela avait été le cas en 2016 car c'est une situation qui n'est pas tenable pour l'Arabie Saoudite. Mais cet accord sautera s'il y a des tensions géopolitiques ou si un pays au sein de l'Opep, comme l'Iran, décide de ne plus respecter les quotas», explique-t-il. 

L'Iran est d'ailleurs l'une des seules préoccupations des marchés en ce moment. L'accord sur le nucléaire a de grandes chances de ne pas survivre à la nomination par Donald Trump de John Bolton au poste de conseiller à la sécurité nationale. Sa remise en cause pourrait se traduire par un retour des sanctions et un embargo sur le pétrole iranien. Cette perspective contribue à maintenir les prix du baril à un niveau élevé. «C'est cette prime de risque géopolitique qui tire les prix vers le haut en ce moment, car les fondamentaux appellent plutôt à une stagnation voire une baisse. L'offre est supérieure à la demande, les stocks augmentent… Donc à court terme, tout va dépendre de ce qui va se passer en Iran», prévient Alexandre Andlauer.

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