Politique

Parti unifié, tout est bloqué : Bédié écrit à Ouattara, la réponse du chef de l'Etat

Parti unifié, tout est bloqué : Bédié écrit à Ouattara, la réponse du chef de l'Etat

Parce que verrouillée au sommet, l'information a peu circulé : les Houphouétistes, amenés par leurs leaders respectifs, devaient tenir, lundi 19 mars 2018, dans la ville très symbolique de Yamoussoukro, une cérémonie solennelle de signature du manifeste du parti unifié. Ce qui s'annonçait comme une grande fête des Houphouétistes- avec des échanges au sommet entre Alassane Ouattara et son principal allié Henri Konan Bédié- n'a pas eu lieu.

 

La signature du manifeste du parti unifié, c'est, en fait, le premier acte devant conduire à l'avènement du parti houphouétiste à proprement parler. Dans l'entendement des alliés, la période transitoire prévue avant le fonctionnement normal du futur parti devrait débuter le jour de la signature du manifeste du parti unifié. Pourquoi alors cette cérémonie n'a pas eu lieu à la date du lundi 19 mars 2018 ? Sans doute, le signe que le projet coince. 

Confidences. Entre le président de la République, Alassane Ouattara, aussi président d'honneur du Rassemblement des républicains (Rdr), et son allié, le président du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (Pdci), Henri Konan Bédié, il y eut, la semaine écoulée, un échange épistolaire sur la question très clivante du parti unifié. Notre source, un visiteur régulier des deux hommes d’État, situe les échanges entre les « 15 et 17 mars ». C'est Henri Konan Bédié qui, le premier, adresse une correspondance à l'ex-directeur général adjoint du Fonds monétaire international. Que dit le chef du Pdci dans sa lettre ? Il prévoit l'effectivité du parti unifié pour l'après 2020, la période transitoire devant s'étendre sur au moins deux ans. Il évoque encore l'appel de Daoukro- dont il est lui-même l'auteur- comme un moment éminemment important des années de gouvernance « Rhdp ». Henri Konan Bédié, souffle la source houphouétiste, mentionne sa perte du pouvoir en 1999, « de manière injuste », suite à « coup d’État militaro-civil ». Il souhaite que ce rappel historique apparaisse dans le manifeste du parti unifié. Par-dessus-tout, l'ex-chef d’État préfère au terme de « manifeste » l'expression « communiqué », ou tout au plus, celle d'une « déclaration » portant sur le parti unifié.

« Il y a, dans la démarche, sinon un refus poli du parti unifié, du moins un refus clair », commente une source houphouétiste, témoin proche des discussions autour de la création du parti unifié.

C'est que, préalablement, tous s'étaient mis d'accord, aussi bien au sein du comité de haut niveau qu'au niveau des présidents des partis membres du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), sur un premier document. « Tous étaient partants, et pour éviter de nouveaux débats, la version du manifeste retenue, est le document amendé par le Pdci », avance la source houphouétiste.

Réponse. Alassane Ouattara, dans la réponse à son allié, rappelle le cheminement ayant abouti au manifeste du parti unifié : la décision de mise en place d'un comité de haut niveau, les travaux qui s'en sont suivis, et le fait que le vice-président, Daniel Kablan Duncan (Pdci), co-président du comité de haut niveau, consultait régulièrement M. Bédié pour avis. Le chef de l’État aurait exprimé son désaccord, à la fois sur la forme et sur le fond. Il dit s'en tenir au document consensuel précédemment adopté et laisse, bien sûr, ouverte la porte du dialogue.

Blocage. L'échange de correspondances entre les deux têtes fortes du Rhdp est suffisamment démonstratif de l'état d'esprit des personnalités et de l'ambiance autour du parti unifié. La position de Henri Konan Bédié sur le parti unifié ne souffre, aujourd'hui, d'aucun doute : le projet serait parfait pour l'après 2020, et s'agissant de la présidentielle prochaine, c'est bien un cadre encarté « Pdci » qui devrait prétendre à la magistrature suprême, soutenu par l'ensemble des partis houphouétistes. L'horizon semble fermé, le blocage plus qu'apparent.

Au Rhdp, certains veulent bien croire que les sénatoriales en « Rhdp » permettront de raviver la flamme houphouétiste et, peut-être, de redonner une chance- même toute petite- au projet de parti unifié. « On peut légitimement penser que tout est presque perdu pour le parti unifié. Mais par le dialogue et la conciliation, il y a des possibilités d'aplanir la difficulté », dit, optimiste, un cadre Pdci membre du secrétariat exécutif du parti.

 

Encadré : L'embarras de Duncan

S'il est réputé affable, tempéré et enclin à la bonhomie, Daniel Kablan Duncan a pu, à quelques occasions, être gagné par l'embarras et, probablement, l'agacement. Comme lorsqu'il apprend que son chef de parti, Henri Konan Bédié, a proposé de nouveaux amendements, et envisage qu'au lieu et place de manifeste, il soit acté un communiqué, une déclaration tout au plus. Agacé ? Le député de Grand-Bassam, vice-président de la République, a travaillé sous les instructions de son chef, Henri Konan Bédié. Que des amendements de...dernière minute soient apportés au travail final consensuel le met en difficulté auprès de ses partenaires, susurre un proche du concerné. « Il se sent, d'une certaine manière, discrédité », décrypte la source. Las des revirements, l'ex-Premier ministre aurait suggéré à son président de parti de négocier directement avec son cadet, Alassane Ouattara.

Daniel Kablan Duncan a été reçu, à de multiples reprises, par Henri Konan Bédié, généralement accompagné de l'inspecteur général d’État, l'ex-ministre Ahoua N'doli Théophile. L'un de leurs derniers rendez-vous chez M. Bédié, à sa résidence d'Abidjan, a été reporté à deux reprises, pour se tenir en fin de semaine dernière.

 

Kisselminan COULIBALY

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