Politique

ONU: le multilatéralisme en panne à New York

ONU: le multilatéralisme en panne à New York

L’Assemblée générale des Nations unies ouvre cette semaine à New York. Donald Trump, Emmanuel Macron et Hassan Rohani font partie des nombreux chefs d’états et de gouvernement réunis comme chaque année au siège de l’Organisation. Les débats et rencontres auront lieu sur fond de crise du multilatéralisme, notamment en raison des décisions de l’administration Trump.  

 

« Le multilatéralisme, c’est l’idée que l’on organise une coopération internationale à plus de deux », la définition est de Manuel Lafont-Rapnouil du Conseil européen pour les relations extérieures (ECFR) pour qui cette idée est aujourd’hui « dans une situation particulièrement préoccupante ». En cause, « le retour d’une compétition entre les grandes puissances avec le retour de la Russie et l’attitude nouvelle de la Chine, ainsi que le retrait des Etats-Unis des mécanismes de coopération internationale ». Désengagement politique (Iran, climat), désengagement financier (alors que traditionnellement les Etats-Unis contribuent à l’ONU à hauteur de 20 à 25%), tout cela « complique la capacité des Etats à construire une coopération multilatérale », reconnait Manuel Lafont-Rapnouil. Le spécialiste de l’ONU rappelle toutefois que le multilatéralisme a déjà traversé des crises, notamment en 2003-2004 au moment de l’invasion américaine de l’Irak.

 

Le monde selon Trump

 

Cette semaine à New York, le président américain devrait continuer à décrire « le monde selon Trump » qu’il tente de façonner depuis son arrivée à la Maison Blanche. Il sera l’un des premiers à s’exprimer à la tribune, mardi 25 septembre, probablement pour réaffirmer sa volonté d’exercer une pression maximale sur l’Iran. Le président iranien Hassan Rohani prendra la parole un peu plus tard lors de la même matinée.

 

Entre les deux, on entendra Emmanuel Macron, pour son deuxième discours à l’ONU depuis son élection. La tonalité pourrait être proche de ce que le Président français déclarait fin août, aux ambassadeurs réunis à Paris : « La France s’est faite le chantre d’un multilatéralisme fort », avait alors lancé Emmanuel Macron, pour qui « le système actuel hérité du siècle passé est remis en cause par des acteurs majeurs et des puissances autoritaires qui parfois fascinent ». Il est tentant de reconnaitre les Etats-Unis de Trump et la Russie de Poutine dans cette double allusion du président français pour qui la responsabilité de la France dans ce contexte « c’est de faire entendre sa voix, de la défendre ».

 

One Planet Summit

 

Alors pour faire entendre cette voix, cette semaine à New York, Emmanuel Macron présidera par exemple une nouvelle édition du One Planet Summit (mercredi 26 septembre), pour mobiliser dirigeants et acteurs non-étatiques contre le réchauffement climatique. Organisée fin 2017 à Paris, une première édition de ce sommet s’était présentée comme une réponse à la décision de Donald Trump de quitter l’accord de Paris sur le climat. Egalement présent à l’ONU cette semaine, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian prendra soin de participer à des réunions en lien avec plusieurs institutions ayant subi les foudres de l’administration Trump : la Cour Pénale Internationale, tribunal récemment qualifié de « déjà mort » par les Etats-Unis qui menacent de sanctionner la CPI,l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés palestiniens (UNWRA)qui vient de perdre les financements américains ou encore l’Unesco dont les Etats-Unis ont claqué la porte l’année dernière. De source diplomatique, on souligne que la France va ainsi marquer son attachement à ces organisations fragilisées.

 

« Alliance pour le multilatéralisme »

 

Paris souhaite prolonger sa défense de l’action collective l’année prochaine à l’occasion de la présidence française du G7. Mais la France n’est pas la seule à vouloir réagir à cette crise du multilatéralisme : au cours de l’été 2018, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Mass, a signé une tribune appelant à une « alliance pour le multilatéralisme » avant d’aller proposer ses idées au Canada ; au Japon et en Corée du Sud. « L’idée est de préserver, réformer et renforcer la coopération multilatérale en générale, au Nations Unies mais aussi à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) », souligne Manuel Lafont-Rapnouil du Conseil européen des relations extérieures (ECFR).

 

Séance spéciale au Conseil de sécurité

 

On l’a dit, le dossier iranien, sera probablement l’un des sujets brûlants de cette semaine onusienne à New York. Avec un événement qui retiendra l’attention, mercredi 26 septembre : une séance spéciale du Conseil de sécurité voulue par les Etats-Unis et présidée par Donald Trump en personne. A l’origine, la Maison Blanche envisageait une réunion exclusivement consacrée à l’Iran. « Mais les Américains ont vu qu’ils allaient se retrouver isolés », assurent plusieurs sources diplomatiques françaises. Résultat, la réunion des quinze membres du Conseil de sécurité sera élargie à la « lutte contre la prolifération », ce qui inclut le dossier de la Corée du Nord et celui des armes chimiques et biologiques. Reste qu’il faut s’attendre à une nouvelle charge de Donald Trump contre la République islamique, accusée de soutenir le terrorisme et d’organiser la prolifération de missiles dans la région.

 

Hassan Rohani à New York

 

Comme les années précédentes, le président iranien participera à cette intense semaine onusienne. En 2013, sitôt élu, Hassan Rohani avait profité de son voyage à New York pour amorcer son dialogue avec l’administration Obama. Deux ans plus tard, l’Iran et ses partenaires concluaient un accord historique garantissant la nature exclusivement civile du programme nucléaire iranien. Mais le vent a tourné, les Etats-Unis de Donald Trump ont quitté l’accord et rétabli les sanctions visant Téhéran. Pari perdu pour Hassan Rohani, alors que les Européens peinent toujours à apporter une réponse qui protègeraient leurs entreprises des sanctions américaines. Pour l’heure, les discours sur la défense du multilatéralisme semblent bien peu efficaces face au rouleau compresseur américain piloté par Donald Trump.

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