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Libye : la France fait pression pour la tenue des élections en décembre

Libye : la France fait pression pour la tenue des élections en décembre

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, s’est entretenu lundi avec les principaux responsables politiques en Libye. Objectif : pousser à la tenue des élections au mois de décembre dans un pays toujours en proie au chaos.

« À Paris, les responsables libyens se sont engagés à tenir des élections présidentielle et législatives suivant un calendrier précis, d’ici la fin de l’année« , a-t-il martelé à l’issue d’un entretien avec le chef du Gouvernement d’union nationale (GNA), Fayez al-Sarraj, à Tripoli.

« C’est ce à quoi aspirent les citoyens libyens (..) C’est le chemin à suivre et je suis venu rappeler ces engagements et ce calendrier à ceux qui les ont pris et partager cette démarche avec ceux qui n’étaient pas à Paris le 29 mai », a souligné le ministre français des Affaires étrangères.

Des rencontres tous azimuts

Plongée dans l’instabilité depuis l’intervention militaire occidentale, la Libye est scindée en deux autorités politiques rivales, le GNA à Tripoli – reconnu par la communauté internationale – et un cabinet parallèle dans l’est du pays, soutenu par le maréchal Khalifa Haftar.

Jean-Yves Le Drian s’est rendu dans le fief de chacun des protagonistes de l’accord de Paris. Ainsi, il a rencontré Fayez al-Sarraj et le président et le président du Conseil d’Etat (chambre haute), Khlaled al-Mechri, à Tripoli, avant de s’entretenir avec le maréchal Haftar à son QG de Benghazi (est) et le président de la Chambre des représentants, Aguila Salah, à Tobrouk (est), à 1 200 km de la capitale.

Tous se sont engagés à organiser un scrutin le 10 décembre prochain et à réunifier les institutions du pays, à commencer par la banque centrale, gardienne des ressources tirées du pétrole.

La question des milices

Le « parlement de Tobrouk » doit au préalable adopter une « base constitutionnelle », définissant les pouvoirs du président, et des lois électorales d’ici au 16 septembre, en vue d’un référendum, sur la base du projet proposé par l’Assemblée constituante en juillet 2017.

« J’ai entendu la grande détermination du président Salah (…) Je n’ai aucune inquiétude ni sur sa détermination ni sur le calendrier des différentes échéances à venir », a assuré le ministre à Tobrouk.

Lors de son séjour en Libye, le ministre français a également fait halte à Misrata, une ville côtière située à 200 km à l’est de Tripoli, où des milices parmi les plus puissantes du pays font la loi. Dans cette ville, qui n’avait pas été associée au processus de Paris, Jean-Yves Le Drian a rencontré le maire Moustafa Kerouad, des élus locaux et des parlementaires.

Méfiance vis-à-vis de Paris

La France « appuie les efforts de tous ceux » qui œuvrent pour des élections, a insisté M. Le Drian qui effectuait sa troisième déplacement en Libye. Il a annoncé une contribution française d’un million de dollars (850 000 euros) pour l’organisation des scrutins.

Mais l’initiative française n’est pas partout accueillie de la même manière. Certains groupes hostiles au maréchal Haftar estiment que Paris n’est pas « neutre » et soutien l’homme fort de l’est libyen, perçu par la France comme un rempart contre le terrorisme avec son « armée nationale libyenne » autoproclamée.

« La France soutient l’ensemble des forces libyennes qui luttent contre le terrorisme partout sur le territoire (…) Ce combat nous continuons de le mener ensemble », a répliqué M. Le Drian qui a rencontré à Tripoli des unités militaires antiterroristes sous contrôle du GNA.

Une échéance encore bien incertaine

Morcelée en plusieurs entités politiques, la Libye demeure un repaire pour les groupes jihadistes, notamment Al-Qaïda au Maghreb islamique dans le sud du pays. Pour tenter de la stabiliser, la France fait le pari des élections et joue sa propre partition au risque de braquer d’autres pays impliqués en Libye, Italie en tête.

Mais l’échéance des élections demeure incertaine dans un pays où acteurs politiques et milices continuent aussi à se disputer le contrôle du territoire. Fin juin, les deux autorités rivales se sont livrées à un bras de fer autour du contrôle de terminaux pétroliers tout juste repris par les hommes de l’ANL à un chef militaire local.

« Un phénomène de déperdition »

Au fil de ces rebondissements, « il y a un phénomène de déperdition par rapport à l’ambition affichée le 29 mai », estime Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye.

Les milices qui craignent de perdre la main sur certaines ressources pourraient aussi être tentées de perturber la tenue d’élections.

Les pays « parrains » des différentes forces en présence – Emirats arabes unis et Egypte soutiennent le maréchal Haftar, Qatar et Turquie certains groupes islamistes – ont aussi leur propre agenda, tout comme l’Italie, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, parfois concurrents.

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