Politique

Législatives: la France en marche vers une Assemblée nationale ultra macroniste

Législatives: la France en marche vers une Assemblée nationale ultra macroniste

Dernier jour de campagne pour les candidats aux législatives françaises. Le second tour aura lieu dimanche 18 juin 2017. Emmanuel Macron est en passe de réussir son pari: obtenir la majorité absolue à l’Assemblée. La République en marche est arrivée largement en tête au 1er tour. A quoi va ressembler le nouvel hémicycle? Que restera-t-il à droite et à gauche?

 

• Une majorité de novices pour le président

Avec 32 % des voix dimanche dernier, le parti La République en marche pourrait obtenir entre 400 et 455 députés sur 577 circonscriptions (suffrage uninominal à deux tours). Bien plus, donc, que la majorité absolue de 289 sièges. Emmanuel Macron aura-t-il pour autant les mains libres pour faire passer ses réformes ? La réponse de Christian Delporte, historien et professeur à l'université de Versailles :

« Avoir une très grosse majorité, ça peut être un handicap dans la mesure où il n’y aurait pas d’opposition. Et l’opposition pourrait dans cette chambre introuvable se constituer à l’intérieur même de la majorité macroniste. L’autre problème, c’est qu’on va avoir beaucoup de novices, il va falloir un certain temps pour qu’ils s’habituent au fonctionnement de l’Assemblée. Il y aura de ce point de vue un gros travail des administrateurs de l’Assemblée nationale. »

• La droite française espère limiter la casse

Les Républicains et les centristes de l’Union des démocrates et indépendants s’apprêtent à perdre environ la moitié de leurs élus à l’Assemblée nationale. Dans le nouvel hémicycle, LR et UDI pourraient obtenir de 70 à 110 sièges, contre 226 jusqu’à présent. La droite se console en répétant qu’elle sera la première force d’opposition à l’Assemblée. Mais l'état-major n'espère même plus dépasser la barre symbolique des 100 députés.

Surtout, la famille est au bord de la scission entre les « Macron compatibles » et l'aile dure du parti. Jérôme Sainte-Marie dirige la société d'études et de conseils PollingVox. Pour lui, Emmanuel Macron aura besoin de s'appuyer sur des alliés à droite : « Il est très important pour Emmanuel Macron d’avoir de nombreux élus de droite et d’électeurs de droite qui le soutiennent. Pour cela, il doit développer des arguments puissants à l’égard des élus LR. C’est-à-dire des nominations au gouvernement et à l’Assemblée. »

• Les socialistes luttent pour avoir un groupe

Le Parti socialiste, jusqu'ici majoritaire dans l'hémicycle, se bat désormais pour avoir au moins 15 députés. Et le PS risque de devenir une simple force d'appui au président, puisque Jean-Luc Mélenchon devrait réussir son pari : incarner l’opposition à gauche en formant un groupe avec les élus du mouvement France insoumise. Jérôme Sainte-Marie :

« Autant le 1er tour de la présidentielle a été une déception pour le FN, autant même s’il n’a pas été qualifié, pour Jean-Luc Mélenchon, ses près de 20 % sont une réussite historique. Ce score l’a placé très loin - et les législatives l’ont confirmé -, non seulement devant le PC mais également devant le PS. Comme l’actualité gouvernementale sera dominée par la réforme du Code du travail, la France insoumise sera probablement très à l’aise pour incarner une opposition radicale au gouvernement. »

• Le Front national loin de ses premiers espoirs

A l'issue de l'élection présidentielle, où elle s'était qualifiée au second tour avec un score historique, Marine Le Pen espérait plusieurs dizaines de députés. Dimanche prochain, il pourrait - dans le pire des scénarios - n’y avoir qu’une seule élue frontiste à l'Assemblée nationale : Marine Le Pen elle-même. Le FN va connaître des jours difficiles, mais sans pour autant mettre en danger la présidente du parti.

C'est du moins l'avis de l'historien Christian Delporte : « C’est un moment effectivement difficile, mais il n’empêche que le FN a fait une percée considérable - 11 millions de voix à la présidentielle. Donc, il reste une force majeure, bien implantée. Peut-être que la ligne Philippot sera revue, mais tous les partis politiques dans les mois qui viennent vont avoir une passe compliquée. Le PS, les LR, le FN... Cela dégage un ou deux ans de tranquillité pour Emmanuel Macron. »

 

                                                                                   RFI

 

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