Politique

"Le Président Henri Konan Bédié : De la Lucidité politique qui acquitte sa Conscience" ( Mamadou Djibo)

 les réactions à l'interview du 18 juin de l'ex président de la République, Henri Konan Bédié se sont accumulées depuis sa publication dans le journal Jeune Afrique, Mamadou Djibo, écrivain politologue dans son éditorial nous explique la teneur du discours de l'ex président.

L’Editorial de Mamadou DjiboPh.D.,

Philosophy

La sagesse a consacré la démocratie comme étant le régime politique le moins pire. Parce que la démocratie est cette charmante fille du polemos au sein de la civitas et la tentative de sa résolution transparente et l’arbitrage honnête des difficultés pour mettre la société en mouvement. Alors, il est juste de dire que la démocratie est un outil de travail, de dialogue pour les libertés et le progrès social. Puisque comme outil, il est forgé dans chaque société par quelques esprits forts qui formatent les autres. Ensemble, les gens l’utilisent alors pour les conquêtes socioéconomiques, transformer les trajectoires misérables en destin de paix, de progrès pour tous et d’égalité citoyenne. C’est d’ailleurs pourquoi la démocratie est dans sa dynamique fonctionnelle régulée utilement sur les conjectures socioéconomiques, politiques, les postures des gens. Ces postures elles-mêmes ventilent parfois des lubies, exigent des droits, convoient la compétition etla haine le plus souvent. Parfois, la régulation démocratique se fait au moyen de la lucidité, de la bienveillance, du bon sens, du vivre durable et l’aide à vivre heureux. C’est donc que la démocratie s’avère le moins pire des régimes politiques. L’entretien accordé par le Président du PDCI RDA, Aimé Henri Konan Bédié à un hebdomadaire parisien se laisse décrypter dans l’ordre de la lucidité et de la bienveillance politique dans un moment ivoirien trouble et plein de conjectures qui vont du désenchantement sourd à l’enjaillement béat. Cet entretien est une intuition lumineuse sur le futur qui vient parce qu’ayant pris acte, avec responsabilité et réalisme, des forces sociales en présence, de la moue populaire et donc de celui qui détient la balance du rapport des forces. Du matérialisme politique, dois-je résumer.

J’ai lu l’entretien. Le choix des mots judicieux par l’ancien président Bédié dénote de prouesses fines, de flair et de métier. J’en retiens trois remarques corrélées à la donne nationale ou expressives des surgissements politiques de demain et autres captations de sens. Le fils prodige est aimé au PDCI. Le sabordage de son apport à l’histoire ivoirienne récente est donc vain.

1. Le RHDP est une grande famille politique qui ne va plus à l’école houphouëtiste ensemble. Parce que la lutte sourde pour le contrôle du pouvoir d’Etat et son exercice est lancée. Prématurément, disent les pusillanimes. Sinon le nouvel ordonnancement constitutionnel y est pour beaucoup tandis que des engagements privés, secrets ou publics entre les élites dirigeantes de la famille Houphouëtistesemblent n’engager, désormais, que quelques béotiens, à la veille de la relève générationnelle de 2020. Le président Bédié en prenant le contrepied parfait de certains houphouëtistes qui ont juré la perte, la noyade du président Guillaume SoroKigbafori, administre une dose de lucidité politique à tous. Le Père fondateur a enseigné qu’il n’y a de raffinement politique que celui qui souscrit à la saine appréciation des réalités du moment. Cette appréciation saine est, il me semble, la pleine prise de température des forces sociales en présence pour ne pas dire du rapport de forces. L’ignorer, vouloir le mettre subrepticement sous le tapis ou jouer leur fragmentation est un contresens tragique. Ici comme ailleurs.

Henri Konan Bédié qui a du métier et du flair, fait sien le courage de cette vérité qui incommode les cultivateurs de la détestation gratuite d’autrui : « Guillaume Soro est mon protégé. (Il) vient de lancer un appel à la réconciliation. A ce titre il a beaucoup de mérite. Je lui fais confiance ». Une belle invite à refuser le caprice des éléphants : les bains de boue. Au surplus, il est clair que nous sommes au début du frémissement de quelque chose comme le renvoi rêvé de la vieille classe qui confond processus démocratique et destin apparatchik. Le rajeunissement est un fait massif du momentpolitique ivoirienIl était une fois, impulsé depuis Ménilmontant, quartier parisien frondeur depuis la Révolution française de 1789, l’esprit de fronde, ce que les Africains ont nommé le Dégagisme né à Tunis, cette chose tellurique ordonnée, est, en embuscade en Afrique. Le peuple ne parle pas. Il gronde. 

Le Président Bédié par pragmatisme et réalisme, sait se mettre en marche pour l’avenir. Décidément, les destins politiques sont parfois dans la congruence. L’Air du temps est celui de son « fils bien aimé ». Qu’on ne s’y trompe pas. De la constance, de la redevabilité et de la mémoire, le « Vieux » a du ressort. Avec le sens élevé de la gratitude, le Président Bédié reconnaît que c’est bien Guillaume Soro qui « a revendiqué la paternité de la rébellion pour mettre fin à la dictature de Laurent Gbagbo ». Un acte de responsabilité et de don de soi pour la patrie que le Président Soro a toujours incarné intuitu personaeC’est d’ailleurs pourquoi, le Dialogue Direct ne concernait que le Secrétaire Général Guillaume Soro, qui avait son armée, les FAFN et le Président Laurent Gbagbo qui avait les FDS. A Yalta, seuls ceux qui avaient des divisions victorieuses comme Staline, Churchill et Roosevelt avaient voix au chapitreDans les états major du PDCI et RDR on disait que Soroallait les trahir. Il a assumé ses charges avec responsabilité et honnêteté pour obtenir un processus électoral, inclusif, transparent et équitable. L’histoire crédible est une sagesse à laquelle vient donc de souscrire avec lucidité, le président Bédié. Le Président Soro est donc l’incontournable pont entre le RDR et le PDCIau nom de la démocratie de la fin des exclusions politiques dont ont été victimes les Présidents Bédié et Ouattara en 2000Guillaume Soro a donc toujours clamé que son avènement se fera avec les présidents Ouattara et Bédié. Le lien, ce lien pour l’avenir, Guillaume Soro l’est. Lier le bois au bois disait Sembène Ousmane. Oui. Assurément pour que l’aurore soit ravissante.

Guillaume Soro est le cœur probant, l’épicentrede ce rassemblement-rajeunissement des enfants d’Houphouët-Boigny afin qu’ils aillent, de nouveau, à l’école du Père, ensemble. Le Président Bédié le rappelle à tous. On ne contrarie pas l’avenir, du moins sans conséquences. On ne biffe pas un destin qui est fiable et en devenir. « Je lui fais confiance », dit le Président Bédié. Cet Amour filial est un don et un mérite.

Je constate que cette leçon de réalisme politique est non seulement la reconnaissance de la masse volumique de Guillaume Soro sur l’échiquier politique mais aussi et surtout, la transmission de témoin tranquille au chef de la nouvelle génération, ce rajeunissement que lui-même, le patriarche de Daoukro, a entrepris au sein de son parti, le PDCI RDA. Le Président Bédié n’est pas intéressé pour ou par les autres « spéculations » sur les prétendants.

1. La famille RHDP est en haleine. Tous les appétits ont de l’ambition. Les arrangements privés sont advenus des quiproquos. L’évidence apodictique même. La règle démocratique n’a que faire de la confusion intentionnellement malveillante qui est faite entre le processus démocratique et le destin bureaucratique et apparatchik. Doit-on rappeler que le présidium du Soviet suprême est mort ? Et au pays du dialogue, celui du Président Houphouët-Boigny, construire des consensus est plus utile pour la concorde nationale que vouloir biffer des destins en route par des manoeuves qui jettent en pâture le Secret Défense et ultimement la Raison d’Etat. Les souverainistes africains s’interrogent lorsqu’on laisse la cogestion de ces vrais sujets de souveraineté à des tiers puissants extérieursL’intérêt national en dispose autrement surtout que Ça n’est pas hérité du Président Houphouët-Boigny. C’est le fruit de ceux qui se convainquent qu’ils ont la science infuse. De cette conviction nait leur refus du dialogue et de l’écoute bienveillante pour sédimenter des émotions démocratiques et citoyennes et donc fraternelles.

Le RHDP se compose de deux grandes formationsD’abord, le PDCI qui sait se rassembler pour laisser tomber les chicanes inutiles et qui a commencé sa marche pour le pouvoir alterné de 2020. Il a pris de grandes décisions de mise à niveau de toutes ses instances à la fin mai à Bingerville. Le président Bédié reconfirme cette posture politique ferme. Ensuite, le RDR, ce grand parti militant s’est effiloché et a perdu, dilapidé son capital de mobilisation, une fois arrivé au pouvoir d’Etat. On n’a pas besoin de l’Oracle de Delphes pour se convaincre que la panne d’écoute, l’ascenseur social, l’inaccessibilité des dirigeants et l’autosatisfaction béate ont siphonné les rangs des troupes jadis, enthousiastes et pleines de promesses démocratiques et républicaines. Pourvu que le parti de feu le réformateur et démocrate intransigeant Djéni Kobenane vive pas dans le moyen terme, le destin peu enviable du Parti Socialiste français de l’immense pacifiste Jean Jaurès. Le PDCI RDA et le RDR, ces deux poids lourds du RHDP ne vont plus à l’école ensemble, si j’ose dire en raison des égarements de type oligarchique et confiscatoire des débats qui méritent d’être menés pour les choix optimaux parce que raisonnables et rationnels. Deux couples exécutifs inversés sont en gestation pour 2020. Deux couples d’implosion assez plausibles pour qu’on n’en parle pas. Il ne faut surtout pas précéder l’iguane dans l’eau.

3. La grisaille ambiante se décline comme le ravalement des énergies politiques, la captation des imperiums pour l’autocélébration. Pourtant l’essentiel est ailleurs dans l’exacte mesure où l’intérêt général, la sauvegarde de la culture démocratique et les acquis consolidés pour la république sont arrimés au dérisoire et apologétique agenda des écuries présidentielles. Les obsessions centrées sur la tentation d’écarter celui-ci ou plutôt celui-là ont causé pourtant assez de traumatismes dans la société ivoirienne pour qu’on ne les rejoue pas. Si le refus d’en sortir par le haut n’a aucun bien-fondé pour certains, alors la vague des mécontents de demain est une houle qui donne rendez-vous aux exégètes de la rétention factice de destin. Les surabondantes prétentions de réguler la vie politique nationale suivant nospropres desiderata sont des obsolescences pour les éveillés de la Renaissance de la Côte d’Ivoire. Au surplus lorsqu’ils sont ceux en phase avec les innovations et promesses de la révolution digitaleSe donner les moyens politiques pour nuire est non rentable, l’effet boomerang subsume donc quelque chose. Le rassemblement des Ivoiriens pour le pardon et la réconciliation est le seul geste qui impacte positivement la cohésion nationale au service de la prospérité partagée. On ne peut pas obtenir la pleine participation citoyenne dans le jeu démocratique sans en payer le pays : l’ouverture des débats démocratiques, l’écoute des gens pour recueillir les idées nouvelles, déverrouiller les énergies positives, recueillir les pointsVos réactions

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