Politique

La division du PDCI est "dangereuse" (Silué Kagnon ITW)

La division du PDCI est

Silué Kagnon, l'un des cadres exclus du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI, allié au pouvoir), a jugé "dangereuse" la division au sein du parti de Henri Konan Bédié, ajoutant que si cette formation politique est "fragilisée, ce n’est pas évident qu’elle soit au pouvoir" en 2020, dans une interview.

Vous avez été exclu comme 17 autres cadres de votre parti, inscrivez-vous dans la même posture que M. Adjoumani ?

Entre la direction du PDCI et moi-même, à mon niveau il n’y a aucun problème dans la mesure où j’ai pris ma carte du PDCI, je paie régulièrement mes cotisations, je suis membre du bureau politique élu par le 12e congrès. Aujourd’hui nous attendons le prochain congrès pour voir la position de chacun.

Le mot radié me parait malheureux parce qu’on ne peut pas radier un militant lorsqu’il est membre d’un parti politique, il peut démissionner ou être libéré parce qu’il a une carte d’un autre parti politique, dans ces conditions, on peut parler de séparation, mais dès l’instant où on n’a pas de preuve que M. Kagnon a une carte d’un autre parti, on ne peut pas dire qu’il a été radié, il se considère (toujours comme membre du PDCI) et veut surtout animer le parti du président Bédié, créé par Félix Houphouët-Boigny.

Ce parti-là, je ne peux pas le laisser mourir parce qu’il y a des problèmes de personne. C’est pourquoi, nous soutenons l’action menée par Adjoumani, en créant le mouvement "Sur les traces de Félix Houphouët-Boigny". Ce mouvement nous permet véritablement d’avoir un dialogue, de discuter, parce que Houphouët-Boigny a mis essentiellement sa politique sur le dialogue et en dehors du dialogue, rien n’est possible en politique, c’est cela la démocratie. Je pense qu’en suivant les traces d’Houphouët-Boigny, je suis dans la logique et la ligne du PDCI RDA.

Quelle est selon vous la place de ce mouvement au sein du PDCI ?

J’ai entendu dire que ce mouvement n’était pas autorisé par le président du parti, Henri Konan Bédié. Jusqu’à preuve du contraire, le président lui-même ne nous a pas encore informés, associés à cette restriction. Mais nous disons que ce mouvement a été créé avec, bien sûr, les idéaux du parti. Nous sommes à un tournant de l’histoire de notre pays. Dans un an et demi, nous irons aux élections présidentielles, pour nous, il n’est pas question de diviser notre parti si nous voulons obtenir le pouvoir ou être en première ligne pour diriger ce pays, ce n’est pas le moment d’avoir un PDCI divisé.

Ce que je peux prodiguer comme conseil, c’est que les militants du PDCI dans leur ensemble, enterrent la hache de guerre, nous devons être tous ensemble.

Si on estime qu’un militant du PDCI déborde, il faut l’appeler, le ramener à la maison, discuter avec lui, le laisser aussi s’exprimer et puis évoluer ensemble. C’est dangereux que le PDCI soit divisé, C’est même grave si le PDCI qui a noué un pacte avec certains partis tels que le RDR, l’UDPCI. Cette plateforme qui a été créée, le RHDP, suit son processus pour aboutir à un parti unifié.

Comme les précédents partis qui ont été divisés, pensez-vous que la division du PDCI est venue du pouvoir ?

Loin de moi de penser que le président Ouattara est à la base de la division du PDCI. Le président Ouattara est le président d’honneur du RDR qui est un parti entier, le PDCI est un parti entier dirigé par le président Henri Konan Bédié. Comment peut-on accuser le parti au pouvoir alors que nous-mêmes, nous avons créé ensemble cette plateforme, nous devons assumer. Mais si au sein de cette plateforme, il y a des divergences pourquoi ne pas régler cela en famille et puis on expose cela en plein jour.

Quelles sont donc les causes réelles de ces divergences ?

Il y a des gens qui ont des pensées personnelles, qui veulent satisfaire leurs désirs. C’est pour cela que ces personnes croient qu’en le faisant, ils vont soulager d’autres groupes qu’ils veulent allier à notre parti, nous disons non. Dès l’instant où nous avons un allié qui est sûr comme le RDR, l’UDPCI et les autres, nous pensons que nous devons continuer. Moi, je pense qu’il vaut mieux qu’on s’entende à la maison, et il n’est pas encore tard. Les dirigeants radicaux peuvent encore réviser leur position pour venir vers le RHDP unifié, c’est important pour nous au nom de la paix, la cohésion et surtout pour le respect qu’on a pour les présidents Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara.

Nous avons déjà des alliés alors pourquoi se retirer de ses alliés si on n’a pas envie d’aller ailleurs. Autant maintenir le cap avec ses alliés, consolider cela avant d’aller faire de la prospection ailleurs.

Alors, si ces personnes veulent boiter alors moi, je suis inquiet pour 2020. C’est pour cela que c’est utopique qu’on parle trop de notre appartenance ou non au RHDP unifié, c’est du tapage qui me gêne.

Moi, je suis sénateur de Korhogo élu sous la bannière du RHDP, 98 % des électeurs, là-bas, sont du RDR, et le RDR a accepté d’aller en RHDP à Korhogo, alors je ne peux pas revenir et dire que je ne suis plus RHDP, je ne peux pas trahir surtout que le RHDP a été créé par mon président Henri Konan Bédié.

Comment voyez-vous l’issue de ce bras de fer au sein du PDCI ?

J’ai des inquiétudes. Nous sommes à un an et demi des élections présidentielles, à quelques jours des élections municipales et régionales et une soi-disant guéguerre se déclenche. Je suis malheureux, quel est le sort qui sera réservé à mon parti ? C’est la question que je me pose. Alors, nous devons être vraiment conscients de l’avenir de ce parti et de l’avenir des jeunes gens qui incarnent ce parti. En 2020, si le PDCI est fragilisé, ce n’est pas évident que le PDCI soit au pouvoir. Pour des jeunes qui espèrent aujourd’hui aller occuper des postes importants à partir de la prise de pouvoir, nous devons attendre cinq ans. En politique, cinq ans, c’est beaucoup, nous regardons la fierté de nos jeunes frères qui sont au pouvoir aujourd’hui, et qui sont des ministres. Je serai heureux de voir des militants du PDCI jeunes, nommés ministres parce que le PDCI a le pouvoir. Mais si on refuse et qu’on tourne le dos et qu’on manipule les jeunes pour détruire le parti en créant toute cette guéguerre, cela sera difficile.

Je dois interpeller la direction du parti, qu’elle calme le jeu et qu’elle invite ceux qu’elle appelle les dissidents, les désobéissants, à se retrouver pour que chacun s’explique. Qu’on ne passe pas par les journaux, la presse pour dire que cette personne s’est exclue d’elle-même. C’est un non-lieu, ça n’a pas de sens.

Craignez-vous que le PDCI ne puisse pas gagner les élections sans le RDR ?

Oui, je vous le dis, en Côte d’Ivoire, il n’existe aucun parti politique qui peut gagner des élections seul. Il faut des alliances, ça s’imposent à nous. Le fait de se retirer de ce partenariat (parti unifié), est un risque dangereux. C’est pourquoi, je veux interpeller maintenant les jeunes, la direction du parti, le président Bédié et l’ensemble des militants à la cohésion, à l’entente et à la paix.

Restez-vous sur votre décision de pro RHDP ?

J’ai pris deux semaines pleines, jour pour jour pour réfléchir à la question avant de prendre ma décision. C’est-à-dire que c’est une décision irrévocable. J’insiste parce que cette décision qui est prise, c’est pour aider le président Henri Konan Bédié, je ne peux pas reculer. Si on n’aide pas le président du parti, notre parti va prendre de l’eau de toute part. La seule façon de faire, est de poursuivre le processus du RHDP en allant vers la création du parti unifié. Le PDCI a le temps d’analyser les textes dans les 18 mois, avant le congrès qui va faire asseoir ce parti. Mais pourquoi chez nous, on dit non ?

Pour certains, il faut que le RDR dise que le PDCI prendra le pouvoir. En 2020, s’il y a un candidat sous couvert du RDR indépendant qui sort, quelle sera la valeur juridique de cette signature ? Ça n’a pas de sens. J’ai dit à la direction du parti, la seule forme qui va nous permettre de gagner les élections prochaines est de poursuivre le processus qui est enclenché depuis 13 ans. Si on suit cela, nous allons réussir (car) c’est une plateforme qui a déjà donné ces résultats. Le président Alassane Ouattara a été élu et il y a eu l’appel de Daoukro. C’est une plateforme intéressante.

Une fois qu’on aura réussi cette mission, on n’aura pas besoin de dire au RDR de nous donner le pouvoir, ils diront, "vous avez beaucoup travaillé, on vous le laisse". Si nous avons couvert le terrain, qu’est-ce qu’il va rester d’autre ? C’est d’aller au pouvoir. Mais nous refusons cela, nous nous asseyons les bras croisés et on attend que le RDR nous dise qu’il va nous donner le pouvoir. Non, le pouvoir ne se donne pas, il s’arrache.

Quel est le projet du mouvement "Sur les traces de Félix Houphouët-Boigny" si la direction du PDCI reste campée sur sa décision ?

La direction ne peut pas rester sur sa décision. A la date d’aujourd’hui, des cadres, des hauts dignitaires du PDCI nous appellent, et veulent suivre le mouvement "Sur les traces de Houphouët-Boigny". Nous disons qu’il n’est pas encore tard.

Est-ce à dire que le mouvement va se transformer en un parti politique ?

Le président-fondateur de ce mouvement, le ministre Adjoumani, ne nous a jamais parlé de la création d’un parti politique. Il nous a toujours enseignés que nous devons rester dans le PDCI, pour apporter des changements au sein du PDCI.

Pour l’heure, nous n’avons aucune inquiétude parce que nous savons que la voie que nous avons choisie est la meilleure. Nous savons que ce que nous faisons va aboutir.

La guerre ne résout rien, il est plus facile de faire la guerre que de faire la paix. Ceux qui embrassent cette hache de guerre, je pense qu’ils vont finir par se raviser.

On ne peut pas s’opposer de façon radicale comme si nous étions dans une entreprise. Même dans une entreprise, on négocie. Cela me choque qu’ils veulent détruire le PDCI-RDA. Si chacun se remet en cause, on verra que la meilleure porte de sortie est la négociation.



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