Politique

Kenya: les leaders politiques se préparent déjà pour la présidentielle de 2022

Kenya: les leaders politiques se préparent déjà pour la présidentielle de 2022

Depuis la réconciliation entre le président Uhuru Kenyatta et son opposant Raïla Odinga, le 9 mars, le Kenya est déjà dans la campagne pour 2022. Chacun se place pour la prochaine présidentielle alors que le chef de l’Etat ne pourra plus se présenter. Le scrutin n’aura pas lieu avant quatre ans et pourtant la compétition s’annonce déjà féroce.

Faites vos jeux. Le 9 mars, la poignée de main entre Kenyatta et Odinga a clôt la crise électorale et totalement rebattu les cartes politiques. Les changements d’alliances, notamment ethniques, sont en cours.

Depuis son pacte scellé, en 2013, avec Uhuru Kenyatta, William Ruto se voit en successeur légitime. Le vice-président semble en campagne permanente. Il se déplace beaucoup dans le pays pour tenter de séduire les diverses communautés. « Il cherche à consolider ses bases électorales mais son clan est divisé », confie un diplomate.

En effet, depuis plusieurs mois, une autre figure émerge, celle de Gideon Moï, lui aussi d’ethnie Kalenjin, et fils de l’ancien chef d’Etat, Daniel Arap Moï. Si ses ambitions sont floues, on le présente comme un rival potentiel face à l’ambitieux William Ruto.

Côté opposition, la réconciliation du 9 mars « a remis Raïla Odinga au centre du jeu politique », explique un expert. Depuis cette date, l’opposant prend de l’importance. Il a tenu l’un des discours phare de la conférence annuelle sur la décentralisation et il a rendu, coup sur coup, visite aux anciens présidents Daniel Arap Moï et Mwaï Kibaki. Ces rencontres font beaucoup parler et on se demande même si Raïla Odinga ne sera pas candidat en 2022, à l’âge de 77 ans.

En tout cas, le clan Ruto n’est pas ravi de ce rapprochement entre Odinga, le Luo et Kenyatta, le Kikuyu. Certains craignent une trahison du chef de l’Etat pour écarter le vice-président.

« Toutes les alliances sont possibles »

Discours, rencontres, meetings… Les leaders politiques préparent déjà le terrain et avancent leurs pions. Car les jeux sont à nouveau ouverts, d'autant plus que cette fois-ci, Uhuru Kenyatta ne se représentera pas.

Jointe par RFI, Marie-Emmanuelle Pommerolle, directrice de l’IFRA, l’Institut français de recherche en Afrique (IFRA), basé à Nairobi, analyse cette compétition, où les jeux d'alliance sont fondamentaux.

« La mobilisation électorale se fait effectivement sur une mobilisation ethnique – pas seulement mais en grande partie – et il n’y a pas d’ethnie majoritaire. Il faut donc s’allier les uns aux autres pour pouvoir gagner une élection, explique la chercheuse. On a des leaders politiques qui sont relativement opportunistes. Bien sûr, ils vont accompagner le discours sur ce qui a été accompli par la présidence actuelle ou ce qui n’a pas été accompli, pour l’opposition. Mais effectivement, toutes les alliances sont possibles. Parmi les leaders politiques aujourd’hui, beaucoup ont été ensemble, par exemple en 2007, 2008, puis se sont opposés en 2013 mais cette fois-ci, parce que Kenyatta ne se représente pas, tout est ouvert »

Commentaires