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Interview / Gervais Coulibaly: "Gbagbo sortira plus tôt que prévu...Ce que Blé Goudé m'a dit"

Interview / Gervais Coulibaly:

Gervais Coulibaly est iconoclaste. A l’image de celui qu’il appelle affectueusement « mon patron », à savoir Laurent Gbagbo. Dans l’interview qu’il nous accordée le mardi 22 avril 2014, il croque sans détour l’actualité. De la nouvelle Cei au recensement, en passant par l’acquisition de la nationalité par simple déclaration, son verbe tranche. Il n’occulte pas les informations relatives à la Cpi. 

Les partis d’opposition ont récemment mis sur pied une Alliance, l’Alliance des forces démocratiques. Pourquoi n’en faites-vous pas partie?

Gervais Coulibaly : Je voudrais vous remercier pour cette interview, de l’occasion que vous me donnez de pouvoir m’exprimer dans votre journal et de m’adresser tant à vos lecteurs qu’à toute la Côte d’Ivoire. Vous me demandez pourquoi est-ce que je ne suis pas membre de l’Alliance. Eh bien, je voudrais rappeler que quand je suis rentré d’exil en juillet 2011, j’ai trouvé mon pays dans une situation difficile, où l’on “bougeait“ difficilement. La démocratie était en lambeaux, l’opposition était dans une position où il lui était difficile, de pouvoir agir et même de s’exprimer simplement. La sécurité existait à peine ; nous étions dans une situation post-guerre. Ce n’était pas post-crise, mais plutôt post-guerre. Il y avait des barrages partout. Et il fallait donc chercher à normaliser impérativement la situation. En accord avec les camarades au niveau du Cnrd, nous avons commencé à travailler à cela. Mon objectif à moi, dès cet instant, a été de mettre en œuvre ce que j’ai appelé la feuille de route du Président Laurent Gbagbo. Il a dit : «La belligérance est terminée. Il est maintenant l’heure de passer au règlement civil et politique de la crise ». C’était clair, et pour moi qui avais été son porte-parole en son temps, le message était bien limpide. Il fallait absolument et en urgence œuvrer à la normalisation de la situation pour pouvoir créer les conditions du règlement civil et politique de la crise. J’ai donc cherché à créer un cadre de discussions, cherché à rencontrer le gouvernement pour discuter. Entretemps mes camarades m’ont demandé d’aller discuter avec le Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur, Hamed Bakayoko, vu les relations privilégiées que j’avais avec lui. Nous avons donc commencé à échanger et mon objectif était d'obtenir la libération de certains camarades, d'obtenir des espaces d'expression démocratique. J’ai commencé à travailler pour obtenir cela. Et puis, j’ai compris qu'il fallait créer un cadre de discussions, parce que les discussions que nous avions le Ministre Hamed Bakayoko et moi, commençaient à devenir des discussions intuitu personae. Il fallait donc créer un cadre officiel et collégial de discussions. J’ai donc suggéré au Premier Ministre Ahoussou et au Ministre de l'Intérieur de créer ce cadre. C'est de là donc qu’est née l'idée d'aller à Grand Bassam à la demande du Premier Ministre Ahoussou Jeannot. Certains partis politiques ont accepté d'aller à Bassam. Y compris nos camarades du Fpi qui sont venus en observateurs. Nous avions insisté auprès d'eux, pour qu'ils ne pratiquent pas la politique de la chaise vide. Ils sont venus, ils ont assisté, ils ont participé. Mais ceux qui étaient venus n'avaient pas reçu mandat de signer un quelconque document. Ils étaient là en observateurs, ce qui était déjà une bonne chose par ailleurs. Nous avons donc créé le Cadre permanent de dialogue, qui n'est peut-être pas la panacée, mais il avait au moins le mérite d’exister et nous avions un espace où nous pouvions discuter et poser nos problèmes de manière officielle. Mais notre Cadre permanent de dialogue ainsi né, n'a pas atteint totalement son objectif parce que nous voulions un cadre où nous allions discuter tous ensemble, opposition-gouvernement. Mais là, il manquait la tête de pont de l'opposition qui est le Fpi. Qui a préféré pour discuter, créer un autre cadre pour un dialogue direct gouvernement-Fpi. Nous n'avions rien contre. Parce que pour nous, l'essentiel était qu'il fallait discuter parce que, accepter de discuter était au départ une affaire très compliquée. Ceux qui acceptaient de discuter avec le gouvernement, étaient considérés comme des personnes ayant trahi la lutte. Ne l'oublions pas. Parce qu'aujourd'hui, on discute tous azimuts et on a tendance à oublier qu'il y a des choses (expressions) qui ont été collées à des personnes parce qu'elles avaient simplement accepté d'aller discuter. Pour nous, il y avait le cadre du Cpd. Je fais remarquer que nous avions les mêmes sujets de discussions parce que nous avions rencontré nos camarades du Fpi. Nous étions tombés d'accord sur un canevas de discussions. Les sujets ne pouvaient pas être différents puisque nous avions les mêmes problèmes. Ainsi donc, eux discutaient dans un dialogue direct Fpi/Gouvernement et nous (12 Partis politiques) discutions au Cpd. Nous avons discuté ainsi jusqu’à ce que nous nous rendions compte que la multiplication des centres de discussions ne nous arrangeait plus. Ils faisaient peut-être l’affaire du gouvernement mais pas celle de l’opposition. Il fallait trouver un moyen de se regrouper. Nous avons demandé cela et nous avons insisté. Puis avec l’obtention de la libération du camarade Affi N'Guessan par le Cpd (Cadre permanent de dialogue), on ne le dit pas assez, même si le gouvernement l’a plusieurs fois reconnu au cours des rencontres du Cpd, tout le monde a émis le vœu de se rassembler en un seul pôle de discussion. Le gouvernement a alors demandé au Fpi de nous rejoindre au Cpd. Le Fpi a plutôt préféré créer un nouveau cadre de regroupement. Cela ne nous gênait pas et nous étions même partant jusqu’au moment où nous nous sommes rendu compte que l’on avait omis d’associer trois partis frères membres du Cpd, à savoir, Lider de Mamadou Koulibaly, le Rpci de Bamba Moriféré et le Rpc-paix de Henriette Lagou. Par solidarité avec eux, nous avons décidé de nous abstenir de prendre part à cette rencontre.

Pourquoi les a-t-on écartés?

Écoutez, posez la question aux camarades du Fpi. 

N'avez vous pas cherché à savoir pourquoi ?

J'ai simplement dit aux camarades du Fpi, il manque trois formations politiques. Et puisqu’il manque trois, par souci d’efficacité, ne les laissons pas de côté, sinon le regroupement que nous voulions créer, c'est à dire un cadre unique de discussions n'existerait pas et nous aurions perdu notre temps. Nous aurions encore un cadre où nous nous retrouverions avec un certain nombre de partis, y compris le Fpi et puis un autre cadre subsisterait à côté, où il y aura trois autres formations. On n'aurait pas réglé le problème. Arrangeons-nous pour mettre tout le monde ensemble. Les camarades du Fpi sont venus nous rencontrer. Nous avons discuté et leur avons dit pourquoi, il en est ainsi. Ils nous ont dit que c'était un oubli. Nous avons dit alors, si vous les avez oubliés, alors récupérez-les pour que nous formions un seul groupe. Ils nous ont dit qu'ils ont compris et nous avons échangé sur d'autres sujets. Les camarades sont partis et devaient revenir nous faire le retour, mais nous attendons toujours. Nous n'avons donc jamais refusé de rentrer dans une alliance. Nous avons discuté, nous avons expliqué la nécessité qu'il y avait de régler un certain nombre de situations. Nous attendons toujours le retour du camarade Affi N'Guessan pour nous dire ce qui a été décidé de l'autre côté. 

Pourquoi ne pas interpeller le président Affi comme vous le dites ? 
Mais pourquoi ? Quand quelqu'un vous dit, je vais et je reviens, vous attendez la personne. Si elle n'est pas revenue, c'est qu'elle pas encore prête à revenir, c’est tout !

Mais elle peut avoir un problème ?

Non, on la voit, vous la voyez avec moi dans le cas d’espèce, elle n'a pas de problème, relativement à cette question. Vous la voyez ou vous ne la voyez pas ?

Est-ce à dire que la porte de l’Alliance est définitivement fermée ? 

Non. Je vous dis que nous attendons le retour du Camarade Affi. Pourquoi vous pensez à une porte fermée ? La porte est ouverte. En politique, on ne ferme jamais la porte.
Certes, mais nous voyons la pomme de discorde...
Où la voyez-vous ? 

Peut-être Lider ?
Non ! Les camarades sont allés rencontrer le Président Mamadou Koulibaly et ils nous ont fait savoir que le Professeur Mamadou n'était pas fermé à l'union. Madame Henriette Lagou non plus. Personne n'est fermé. Nous avons simplement dit, voilà la forme de la plateforme qu’il faut pour discuter avec le gouvernement. C'est différent d’une plateforme pour aller à des élections. Il nous a été répondu que ce n'est pas pour aller à des élections, c'est pour discuter avec le gouvernement. Alors… ? Et puis nous, nous sommes aussi dans une plateforme : la L.M.P(Ligue des mouvement du progrès, ndlr) et nous discutons avec le gouvernement, dans le CPD.

Qu’est-ce qui coince véritablement ?

Posez la question aux personnes qui peuvent vous répondre. Ne me posez pas des questions auxquelles je ne peux pas répondre. Vous êtes d’ailleurs assez proche de ces personnes-là, alors posez-leur la question. 
Assez proche c'est trop dire ...

Je vous en prie, ne m'amenez pas à faire de la fiction politique. Les camarades sont là, posez-leur la question. 
Vous les côtoyez dans l’arène politique. Vous êtes sûrement imprégné de certaines choses que le citoyen lambda ne voit pas ?

Non ! Je refuse toujours de prêter aux autres des intentions. Je ne veux prêter aucune intention à qui que ce soit, ni faire une quelconque interprétation d'un quelconque acte. Quand j'ai besoin de comprendre, je pose des questions et on me répond. Là, j'ai posé des questions, j'attends amicalement et fraternellement les réponses. Il n’y a aucun autre problème.


Les élections de 2015 arrivent à grands pas. Est-ce que votre parti sera dans le starting-block ? A quelles conditions ?

En ce qui concerne une candidature quelconque, il ne m'appartient pas, à moi, de dire si je vais être ou pas candidat. J'appartiens à un parti, qui s'appelle Cap-UDD. Et comme je suis très discipliné, c'est mon parti qui a ses règles de fonctionnement, qui décide, au cours d'une convention, de qui va être son candidat aux élections à venir. Mon parti organise une convention très bientôt d’ailleurs. Il peut inscrire cela à l'ordre du jour comme il peut ne pas l'inscrire. C’est donc au cours d’une convention que le parti va décider qui va être son candidat. Est-ce qu'il (le parti) va aux élections, dans quelles conditions et qui sera son candidat ? Voilà ce que je peux vous dire. Je tiens à faire remarquer que pour nous, ce qui est le plus important, c’est de travailler à la normalisation de la vie socio politique de la Côte d’Ivoire. Nous estimons que la situation n'est pas encore assez normalisée. Et pourtant, il le faut. En attendant, le parti nous a confié une mission qui est de travailler à la normalisation de la situation politique. Et nous y travaillons. 

Soyez plus explicite…
Vous avez déjà oublié dans quoi nous vivions en 2011. Vous avez déjà oublié dans quoi nous vivions en 2012, vous êtes en train d'oublier dans quoi nous vivions en 2013, même si c'est vrai qu'il y a eu une évolution, mais quand même.... Oui c’est vrai qu'il y a eu une évolution. Parce que lorsque je circule, je ne rencontre plus de barrage de Dozo sur la route.

En ville ?
En ville, oui.

Mais pas dans les hameaux les plus reculés ?
Je suis allé à Katiola, je n'ai pas vu de Dozo sur ma route jusque dans mon village. 

Faites un détour par l'Ouest…

Ah oui, il faut que j'y aille. Justement, et c'est cela la normalisation que nous recherchons. Il faut que ces barrages disparaissent. Je n'ai pas dit que la situation est normalisée. Je vous ai dit, nous travaillons à la normalisation de la situation politique. Si elle était normalisée, je vous le dirais. Je dis seulement qu'il y a une amélioration. Mais nous n'avons pas encore atteint le seuil au niveau duquel nous pouvons dire que nous sommes satisfaits. Nous n'avons pas encore atteint le seuil minimal de satisfaction. Pour le moment, nous disons que les choses évoluent. Mais il faut qu'elles évoluent un peu plus vite, parce que les élections c'est demain. Et si nous voulons éviter ce que nous avons vécu en 2010, il y a un certain nombre de conditions qu'il faut remplir. Je n’ai cessé de dire qu'il faut travailler à cela. Il faut faire en sorte que tout acteur politique puisse agir librement en respectant les règles de son pays. Maintenant, s'il y a des risques de troubles à l'ordre public, l'autorité peut nous dire qu'il y a risque, on lui demande alors, quelles sont les dispositions qu’il prend pour que nous puissions agir. 

Les élections, vous en parlez. Mais il me semble qu'il y a encore des écueils. Est-ce que le format de la Cei que le gouvernement propose vous sied ?

Le Cap-UDD et même la L.M.P. ont traité de la reforme de la Commission électorale indépendante. Et le format qui nous est proposé, je l'ai dit et je le redis, ce format ne nous satisfait pas. Ce format tel que présenté ne nous satisfait pas. Nous sommes d'accord avec le gouvernement qu'il fallait réduire le nombre de membres de la commission centrale, passé de 31 à peut-être la moitié. Le gouvernement a choisi 13. C’est bien mais c'est la répartition qui nous a laissé sur notre faim. Et sur cette répartition, nous voyons que le gouvernement dit 4 représentants du gouvernement, je veux dire de l'exécutif, 3 représentants de la société civile, trois (03) représentants du groupement au pouvoir. Ce qui fait dix (10). Et trois (03) représentants pour l'opposition, ce qui fait treize (13) au total. Je pense que c'est tellement déséquilibré, avec les quatre (04) représentants de l'exécutif, dont un représentant du Président de la République, même si cela ne nous gêne pas que le Président ait son représentant. Mais les deux (02) représentants des deux ministères me gênent parce que ce sont des fonctionnaires. Nous sommes dans une affaire politique. Et des fonctionnaires, là, cela me gêne. Parce que nous parlons d'une commission électorale in-dé-pen-dan-te. Si on parle d'indépendance et que vous prenez des fonctionnaires, à partir de ce moment, il n'y a plus d'indépendance, parce que le fonctionnaire est un agent. Il a, que tout autre représentant, des obligations qu'il doit respecter. Il doit obéir aux instructions de sa hiérarchie. Alors que là il est dans une commission réputée indépendante. Alors... ?

Et le représentant du Président de la République ? Ne va-t-il pas obéir aux éventuelles injonctions ?

Il sera obligatoirement un homme politique. Et je le répète, acceptons que le Président ait son représentant. Notre objectif est qu'il faut une Cei acceptable pour tous, pas forcément par tous, mais acceptable pour tous. C’est pour cela que, nous allons dans ce sens, faire en sorte que la commission soit acceptable pour tous. Maintenant, les deux représentants du gouvernement doivent y être mais sans voix délibérative. Il reste le cas du magistrat. Mais, quoique l’on dise, les magistrats sont jaloux de leur indépendance, même si c'est le Président de la République qui le nomme. Moi j'ai confiance dans les magistrats en face d'une situation, où il y va de l'intérêt national, le magistrat reprendra son indépendance tout seul et immédiatement, il tranchera dans l’intérêt de la Côte d’Ivoire. Je n’ai donc pas de soucis avec cela. Je propose donc une commission comprenant :
 quinze (15) membres avec voix délibératives plus deux (02) membres sans voix délibératives répartis comme suit :
 un (01) représentant du Président de la République ;
 deux (02) religieux ;
 un (01) représentant de la Magistrature ;
 un (01) représentant (avocat) de l’ordre des avocats ;
 cinq (05) représentants du groupement des partis politiques au pouvoir ;
 cinq (05) représentants pour l’opposition soit quinze (15) personnes et
 un (01) représentant du Ministre de l’Intérieur ;
 un (01) représentant du Ministre de l’Economie et des Finances.
Les deux derniers n’ayant pas voix délibératives mais ayant plutôt rang de conseillers de la commission.
Je pense que là nous aurons une composition équitable et acceptable pour tous.
En plus, l’on devrait pour rassurer l’opposition lui laisser la présidence de la commission (Cei)

Pourquoi pas à la société civile ?
La société civile ? Excusez-moi, je ne doute pas de la société civile ivoirienne. Mais je dis, donnons cette place à un politicien de l'opposition. Avec les 15 membres de la Cei sous cette configuration, alors nous pourrons aller à des élections en estimant que chacun a des raisons de faire confiance en cette Cei. J'entends dire que les débats sont clos. Non, il ne faut pas clore les débats, car il est dangereux de les clore. Il faut les laisser ouverts. Tant que l'Assemblée nationale n'a pas encore voté, il faut laisser les débats ouverts pour se donner des chances d’arriver à une Cei la plus consensuelle possible. Il faut absolument écouter l’opposition. Qu'on nous écoute et qu'on essaie de voir comment on peut régler ce problème de manière consensuelle. Parce que la Cei est d'une importance capitale. Il ne faut pas faire de passage en force, ce n'est pas dans l'intérêt même de celui qui sera élu demain. Nous voulons éviter absolument ce que nous avons vécu en 2010. Il faut vraiment l'éviter. Je ne sais pas pour quelle raison on fuit les débats. On ne doit pas les fuir. Le gouvernement doit accepter que nous débattions. Nous avons un cadre permanent de dialogue. Il faut en débattre dans ce cadre mis en place pour cela. Nous partis membres du CPD, demandons au gouvernement d’en discuter dans notre cadre. Nous n'en avons même pas débattu au CPD.

C'est un passage en force ?
Je ne sais pas, mais il faut que nous discutions avec eux. Nous invitons donc le gouvernement à la discussion dans le cadre du CPD où nous sommes leurs interlocuteurs. Nous allons leur écrire. Quelle que soit la décision qui sera prise à la fin, mais qu'on écoute au moins notre argumentaire et il faut nous convaincre au lieu de contraindre. Je suis persuadé moi que si on réussit à nous convaincre, à convaincre chacun d'entre nous, et en prenant la communauté nationale et internationale à témoin alors nous pourrons aller sereinement aux élections. C’est vital.

L'autre actualité qui polarise l'attention des Ivoiriens c’est le recensement de la population. Ce recensement pose-t-il un problème ?

D'abord en tant que technicien et technocrate puis Préfet, je connais la valeur et les impératifs du recensement. Sans recensement, on ne peut pas faire de projections, on ne peut établir aucun plan de développement fiable. Il faut absolument qu'à un moment donné que tous les 10 ans, qu'on s'arrête pour faire le cliché de la situation du pays. Tout le monde peut ne pas être présent à ce moment là. Mais c'est un cliché à partir duquel on peut faire toutes les analyses, toutes les projections. Le recensement est important. Il faut le faire. Mais seulement c'est la manière dont cela a été mené qui pose problème. Je comprends ceux qui suspectent le gouvernement. Il appartenait au gouvernement de lire l'état de la situation. Nous sommes dans une situation où nous sortons de crise. Et où les politiciens se suspectent les uns les autres. Puisque le gouvernement n'a pas d'arrière-pensée, d'après ce qu'il nous dit, il ne lui coûtait donc rien de nous appeler, nous hommes politiques. Pour nous dire, nous allons faire le recensement, mobilisez vos militants. Et voici les raisons pour lesquelles nous lançons le recensement. Nous aurions fait des critiques et des suggestions. Dans tous les pays au monde, on le voit en Europe, même si ce n'est pas officiel, on appelle l'opposition pour que tout le monde puisse être associé. J'appelle cela une gestion participative. 

C'est une question d'intérêt national ...

Bien sûr, c’est une question d'intérêt national. On peut donc nous associer. Mais c'est la manière de travailler comme s'ils avaient des arrière-pensées, qui a dû certainement créer cet état de suspicion sur l'opération. Quand le gouvernement nous a interpellés au Cpd, nous lui avons dit pourquoi est-ce que vous ne nous avez pas associés au départ. Ils ont essayé de se rattraper. Mais, il n’est peut être pas trop tard !
Quel commentaire faites-vous de la mention de l'ethnie sur les fiches de recensement ?

Les mentions de l'ethnie, de la religion ont toujours existé, parce que ce sont des variables qui sont utiles pour des analyses. 

Quels genres d'analyse ?

Quand on dit par exemple, qu'en Côte d'ivoire le nombre de chrétiens catholiques a évolué, le nombre de musulmans a progressé dans tel zone, etc., cela permet de faire des analyses. 

Oui, mais sur l'ethnie ? 

Il ne faut pas avoir peur de ce que nous sommes, c’est mon point de vue en tant que politicien, mais aussi préfet. Ce n'est pas parce que vous n'aurez pas écrit l'ethnie sur les fiches que l'ethnie ne va plus exister. Que veut-on cacher ? L'utilité est que les gens réagissent différemment en face d'une situation en fonction de leurs cultures. Quand vous devez poser un acte de développement et que vous avez en face de vous soit une population Senoufo, elle ne réagit pas de la même manière que la population Bété, qui ne réagit pas de la même manière que la population Baoulé ou Malinké et ainsi de suite. Il faut en tenir compte dans la gestion des hommes. Et puis pourquoi devrons nous fuir ce que nous sommes. 
Allez-y....

J’ai entendu dire que c'est dangereux si on met les ethnies. Les partis étant adossés à des ethnies. Mais est-ce que c'est parce qu'on ne l'aura pas fait que les partis ne seront plus adossés à des ethnies ? Moi je pense qu'il faut se faire confiance. 

Mamadou Koulibaly vous pose la question. Il est Malinké et Senoufo, quelle ethnie doit-il marquer? 
Mais, il met Malinké et Senoufo. 

Pourquoi ?

Mais parce qu’il est Malinké et Senoufo ? Est-ce que cela gêne.

Vous avez dit tout à l'heure que les ethnies ne réagissent pas de la même manière. Et si j'étais à la fois Gouro et Bété ?

Eux-aussi ils ont leurs réactions. Vous voyez la camarade Secrétaire générale de mon parti est à la fois Malinké et Agni. Elle a des réactions différentes. Il y a des moments où elle réagit comme une femme Agni, il y a des moments elle réagit comme une femme Malinké. Je pense que nous hommes politiques nous devons accepter qu'on marque l'ethnie et travailler justement à ce que l'ethnie ne soit pas symbole d'appartenance politique. Cela doit faire partie de nos objectifs. Ce n'est pas parce qu’au cours du recensement, on aura marqué l'ethnie que cela va changer quelque chose. Il faut que nous Hommes politiques, nous travaillions à faire disparaître cet état de fait sur le terrain. Aucun parti ne doit avoir de chasse gardée par rapport aux ethnies ivoiriennes et aux régions. C’est difficile mais il faut le faire. 

C'est votre point de vue…
Bien sûr, c'est le mien.

Il n'est pas partagé par beaucoup de personnes...
Je ne cherche pas à ce que tout le monde le partage aujourd’hui. Justement, je suis de Gauche, je suis socio-démocrate. Et nous les hommes de Gauche, nous sommes ouverts à la discussion, à la remise en cause permanente de soi. C'est pourquoi je dis au pouvoir, même s’il n'est pas de Gauche, qu'il accepte de discuter.

Quel regard portez-vous sur l’acquisition de la nationalité par simple déclaration ?

Là encore, comme je l'ai dit pour le recensement, les Ivoiriens s'en inquiètent. Je les comprends. Et je pense encore une fois que le gouvernement aurait pu faire autrement. Je n'ai rien contre le fait que les gens qui vivent ici depuis longtemps, et qui ont envie d'acquérir la nationalité ivoirienne aient la possibilité de le faire facilement. Facilement mais pas comme cela quand même… Je n’ai rien contre cela, bien au contraire. Mais j'estime qu'il faut mettre des garde-fous. Eux-mêmes dans leur propre intérêt et dans l'intérêt de toute la Côte d'Ivoire. Il ne faut pas que l'acquisition de la nationalité ivoirienne devienne aussi trop facile, nulle part au monde on ne voit cela !. On peut régler cela autrement. Moi j'ai des amis Burkinabé, Maliens, Nigérians... Et cela ne me gêne pas qu’ils deviennent Ivoiriens. Au contraire, ce serait dommage qu'ils n'aient pas encore leurs décrets de naturalisation. En quoi cela gêne que le comédien Adama Dahico qui était Malien soit ivoirien aujourd’hui, quoi de plus normal ! Il a acquis tranquillement sa nationalité, il a même été candidat. Vous avez vu un Ivoirien que cela gêne ? Non. Mais pourquoi créer des situations qui vont faire que l’on va regarder les gens de travers. Si l’on veut les aider à devenir Ivoiriens que l’on leur en facilite la tâche, mais pas au point d'en arriver à une nationalité par simple déclaration. C’est une seule personne qui prend la décision de dire oui, tu es Ivoirien. Une naturalisation qui se fait à la tête du client. C'est dangereux pour nous-mêmes, c'est dangereux pour toute la cohésion sociale. Il vaut mieux prendre des dispositions pour faire en sorte que la naturalisation se fasse correctement. Je dis encore une fois que c'est la manière de faire qui pose problème. Mais dans le fond, je pense qu'il faut tout faire pour que ceux qui vivent avec nous et qui veulent être Ivoiriens le soient. Quand j'étais au palais avec le Président Laurent Gbagbo, j'ai fait tout ce qui est en mon pouvoir pour aider tous ceux qui voulaient être Ivoiriens et qui en remplissaient les conditions à le devenir. C'était même une des tâches que le Président m'avait confiée par ailleurs. Le Président Gbagbo ne cherchait même pas à savoir s'ils allaient voter pour lui ou pas. C'est un problème qu'il faut régler de manière correcte pour que les gens vivent correctement. Une fois que la personne a eu son décret de naturalisation correctement, où est le problème ? Mais quand on est en train de le faire comme on le fait maintenant, cela peut poser problème demain. Réglons ce problème. Encore une fois, j'interpelle le gouvernement. Qu'il appelle son opposition et que nous nous asseyons pour un consensus sur les grands sujets d’intérêt national. Travaillons de manière consensuelle, ça ne coûte rien et c’est mieux.

Savez-vous pourquoi les députés, représentants du peuple, ont laissé faire ?
Je ne le sais pas, je ne suis pas député. Vous savez en politique, ce n'est pas tout qui s'explique toujours. 

Vous avez joué un rôle important dans la libération de prisonniers politiques. Certains sont sortis. Il reste encore des centaines en prison. Où en êtes-vous avec ce dossier ?

Je voudrais sur cette question vous remercier. Parce qu'enfin, je vois quelqu'un qui reconnaît que quelque chose a été fait à ce niveau et nous y sommes pour quelque chose. Vous savez, ce n'est pas ce que j'entends d'habitude. Et là je voudrais remercier vous et votre organe. Qui semble accepter quand même que quelque chose a été fait. Et que nous avons travaillé à cette chose. Par la discussion que nous avons eue avec le gouvernement, nous avons réussi à obtenir la libération d'un certain nombre de camarades. Je voudrais ici dire deux choses. D' abord merci à certains camarades qui, quand ils sont sortis de prison, nous ont remerciés et ont dit merci, surtout publiquement. Cela est réconfortant et cela permet à ceux avec qui nous avons négocié, de se dire, quand même, les gens reconnaissent que quelque chose a été fait. Je ne le demande pas pour moi spécialement et seulement, je le demande surtout pour ceux qui sont encore en prison. Moi, je n'ai aucun militant en prison, je n'ai aucun militant en exil. Puisque mon parti est né après la crise. Donc, je ne peux avoir de militant en prison. En principe, je n’ai pas d'intérêt à agir dans ce sens. Mais ce sont mes camarades avec qui j'ai travaillé aux côtés du Président Laurent Gbagbo, qui ont malencontreusement perdu leur liberté. Il fallait que je fasse ce que je peux pour aider et cela fait partie de la normalisation. Je voudrais dire merci au Premier Ministre Aké N'Gbo, je voudrais aussi dire merci à Désiré Dallo, je voudrais enfin dire merci à Alcide Djédjé parce que ceux-là m'ont dit : Gervais merci. On se parlait quand ils étaient à Boundiali, nous nous parlions au téléphone. Je dois dire aussi merci à Affi N'Guessan. Quand il est sorti, il a dit merci Gervais pour le travail que tu as fait. Parce que ce n'est peut-être pas notre action seule, mais elle y est pour quelque chose. Le fait même de se lever pour aller discuter mérite qu'on nous le reconnaisse. Merci à vous de l'avoir reconnu. Maintenant vous me demandez pour les autres prisonniers.

On ne peut pas aller à des élections au moment où il y a encore des prisonniers de l'autre crise en prison ?
Mais oui, je suis d'accord avec vous. Il faut les libérer et je ne fais que réclamer cela. Et au début on ne comprenait pas pourquoi est-ce que j’insistais pour qu'on libère les gens. Je ne veux pas en dire plus pour le moment. Mais cela fait partie des choses qui m'ont causé beaucoup de problèmes. "Pourquoi insiste-t-il pour qu'on libère les amis, il gagne quoi là-dedans". Qu'est-ce qu'on peut gagner à demander qu'on libère Affi N'Guessan... Franchement. S'il y avait quelque chose à gagner… Logiquement, je devrais me battre pour qu'ils restent en prison. Pourquoi est-ce qu'on s’attaque à quelqu'un qui se bat pour que ses camarades, qui pourraient devenir ses adversaires demain et la preuve est là, sortent de prison. Mais la réponse profonde, c'est parce que je suis chrétien et démocrate et que j'estime que je peux ne pas être d'accord avec quelqu'un, mais je dois me battre pour que cette personne là soit dans la position qu’il faut de dire ce qu'elle pense et qui peut être contraire à ce que moi je pense. C'est cela aussi l'homme de Gauche et c'est pour cela que je me bats et que je continuerai de me battre pour que ceux qui sont en prison soient libérés. Mais je demande à ceux qui sont sortis de nous aider pour qu'ensemble, d'une même voix, nous puissions demander la libération de ceux qui sont encore en prison. Qu'on ne le demande pas du bout des lèvres. Je sais de quoi je parle, mais qu'on le demande profondément, sincèrement et qu'on pose les actes qu'il faut pour qu'ils sortent. 

Qu'avez-vous ressenti à la nouvelle du transfèrement de Blé Goudé à la Cpi ?

Vous savez, Charles Blé Goudé est un jeune frère, et tout le monde sait les relations que j’ai avec lui. Charles Blé Goudé est un jeune frère dont le transfèrement ne peut que me mettre dans un état de désolément total. Je ne pouvais qu’être affligé. Surtout que le (Charles Blé Goudé) concernant, j'avais annoncé que j'allais commencer à travailler à la libération ou du moins à l'amélioration de ses conditions de détention. J'allais discuter avec le gouvernement. Je me suis battu et j'ai rencontré Charles. Je l'ai rencontré et nous avons parlé. Et la première chose qu'il m'a demandée, c'est cher aîné, travaille à l'amélioration de mes conditions de détention. C'est ce que j'ai commencé à faire. Malheureusement, je n'ai pas eu assez de temps et les choses se sont accélérées et il a été transféré. Nous avions, lui et moi mis en place un certain nombre de choses pour aider tout au moins à améliorer ses conditions de détention, sinon obtenir sa libération provisoire. Malheureusement, est advenu ce qui est advenu. J'en suis très triste. Je pense que ce qui reste à faire est de travailler pour qu'il sorte de là où il est aujourd’hui. Comme nous travaillons pour sortir mon patron de là où il est. 

Diriez-vous comme les autres que dans cette affaire il y a une justice à double détente ? 

Vous savez, je l'ai tellement dit. J'ai été le premier à le dire ici. Je ne parle même pas de justice à double détente, je dis que je me rends compte qu'on ne juge que mes camarades. Je l’ai dit plusieurs fois au gouvernement au cours de nos réunions de Cpd. Je dis au gouvernement pourquoi vous ne jugez que mes camarades ? On me répond, de toutes les façons, les autres seront jugés aussi. Mais je leur dit, vous auriez pu attendre pour juger mes camarades au moment où les autres seraient jugés. Parce que j'aime tout ce qui est juste. Et je trouve que ce n'est pas juste. Et je l'ai dit à un de vos confrères que quelqu'un m'a même dit : « écoute, il faut comprendre, c'est comme après la deuxième guerre mondiale, on n'a pas jugé les Américains ». Je lui ai dit mon ami, tu ne peux pas comparer la deuxième guerre mondiale à une guerre civile. Ici, c'était la guerre des Ivoiriens contre des Ivoiriens, là-bas, c'était la guerre des Allemands contre des Américains, des Français. On ne pouvait pas aller juger celui qui a gagné. Et puis là-bas, ils ne cherchaient pas de réconciliation. Celui qui a gagné écrase celui qui a perdu, point barre. Mais ici, ce n'est pas le cas. C'est dans la même famille que nous nous sommes battus. Nous sommes obligés de vivre ensemble. Là-bas, l'Allemagne, c'est l'Allemagne, la France c'est la France, l'Amérique c'est l'Amérique etc. Ce sont même des continents différents, ils n'ont aucun besoin de vivre ensemble. Nous, nous devons vivre sur les 322 000 km2 ensemble. Nous nous sommes mariés entre nous etc. C'est une erreur, un incident de parcours si nous nous sommes battus. Donc, ce ne sont pas les mêmes conditions, il ne faut pas comparer ce qui n'est pas comparable. Je ne suis pas d'accord qu'on ne juge que mes camarades. Ça je ne suis pas d'accord.

Il y a un cas qui reste épineux, c'est le cas Simone Gbagbo. Partira, ne partira pas à la Cpi. Vous, quel est votre point de vue là-dessus ? 

C’est évident que je ne souhaite pas que la camarade Simone Gbagbo soit transférée à la Cpi. C'est clair, j'ai toujours dit que c'est une grosse erreur et que la Côte d'Ivoire avait reculé, je l'ai dit le jour où le Président Laurent Gbagbo a été transféré. J'ai dit c'est grave parce qu'on vient d'ouvrir une boîte de Pandore. Quand on a transféré Blé Goudé, j'ai dit qu'on est en train de se mettre dans une situation qui risque d'être une situation de non retour. Mais je pense qu'on ne fera pas la troisième erreur, celle de transférer Simone Gbagbo. Il faut que la Côte d'Ivoire arrête d'envoyer ses enfants à l'extérieur pour aller les faire juger. On peut les juger ici, si on estime qu'ils doivent être jugés. Notre justice, moi je lui fais confiance. On peut juger les camarades ici. Et puis j'ai lu quelque part que Simone Gbagbo ne sera pas transférée. J’ai rendu grâce à Dieu. Et j'ai dit il ne s'agit même pas que de cela, qu'on lève aussi le mandat d'arrêt international qui pèse sur elle. Parce que si après on la juge, et qu'elle doit être libérée, le mandat international pèse sur elle. Et on peut encore l'arrêter. Qu'on lève le mandat et qu'on libère Simone Gbagbo de toutes ses contraintes afin que la Côte d'Ivoire puisse avancer. 

Vous avez été très proche de Laurent Gbagbo. Il est aujourd’hui à la Haye. Quel est l’état de vos relations?

Écoutez, mes relations avec Laurent Gbagbo sont très bonnes. Les relations que j'ai avec mon patron, c'est que face à une situation, que je fasse mon devoir. Moi je suis un homme de devoir ; c'est comme ça qu'il m'appelait. Un homme de devoir qui travaille dans l'ombre mais qui doit faire ce qu'il a à faire. Moi j’ai reçu comme une feuille de route quand il a dit : « la belligérance est terminée. Il est temps maintenant de passer au règlement civil et politique de la crise ». Porte-parole de Laurent Gbagbo, j'entends, il faut travailler à la normalisation de la situation. Il faut dialoguer avec ceux qui sont là, il faut passer au règlement civil et politique. Cela veut dire qu'il va falloir maintenant faire de la politique. Créer les conditions pour que la politique se fasse parce que c'est la seule voie par laquelle nous pouvons nous en sortir. Il nous a indiqué la voie par laquelle on peut sortir de cette crise, c'est par la voie de la discussion et de la politique. Et en plus, lors de sa première comparution à la Haye, il a dit : « je n'ai jamais pensé qu'on pouvait sortir autrement de cette crise que par le dialogue ».


Vous nous confiez il y a quelques mois qu'il vous a mis en mission. Ne pensez-vous pas que le moment est venu de lui faire un bilan, ne serait-ce que partiel, de votre mission ? 

Mais non, il n'y a pas de bilan partiel avec mon patron. De toutes les façons il suit ce que je fais et cela me suffit. Et puis qui vous dit que le bilan n’est pas fait ? Je suis dans l’action. Je ne veux pas que mes actes, bons ou mauvais, surtout mauvais lui soient imputés car si je vais le voir, tout ce que je ferai désormais lui sera imputé. Or, je ne veux pas de cela. Et mon patron n’a pas besoin de cela non plus. Je veux assumer tout seul ce que je fais. Il me suit et j'ai des retours. Je vous dis que Gbagbo Laurent a des relations particulières avec les uns et les autres. Il n'a pas besoin de voir Gervais Coulibaly. Ce qu'il a besoin de voir, c'est Gervais Coulibaly en train de faire son travail. Et j'entends ce qu'il dit, même quand il ne parle pas. 

En recevant Blé Goudé dans la même prison que lui ? Il va s’en dire que le travail qu'il vous a confié, vous ne le faites pas correctement...

Ah non ! Ce qu'il faut que vous compreniez, c'est un travail collectif. Chacun à un rôle à jouer, chacun a une part à faire. Chacun a sa partition. C'est comme un orchestre, je joue ma partition. Même en jouant la mienne, je peux faire une fausse note. Je crois que certains Ivoiriens se croient tellement infaillibles, qu'ils oublient qu'ils sont humains. Tout acte humain est susceptible d'erreur. Je ne dis pas que j'ai commis une erreur, je dis je peux commettre une erreur, et moi j'en suis conscient. Et quand vous en êtes conscient, alors vous réalisez que vous êtes humain. Autrement, vous vous prenez pour Dieu. Moi je ne me prends pas pour Dieu. Donc je peux commettre des erreurs dans ce que je fais. Maintenant, que Blé Goudé soit là-bas, j'apprécie cela comme une erreur collective. Peut-être que moi j'ai fait ma part et que d'autres n'ont pas joué leur rôle au moment où il le fallait. Cela peut entrainer que Blé Goudé parte à la Haye. Mais, une chose est sûre c’est que ce n’est pas bon d'avoir envoyé Blé Goudé à la Haye. Il n'était pas utile d'envoyer encore un autre Ivoirien à la Haye. J’insiste, je signe et je persiste. Et je termine en disant que je continue de faire mon travail. Peut-être que vous ne vous en rendez pas assez compte. Mais moi je sais que le travail que je fais avance. Je sais à quel niveau je dois arriver pour rencontrer le Président Laurent Gbagbo. Et quand je serai à ce niveau, personne ne me posera de question. Et chacun comprendra pourquoi Gervais Coulibaly se retrouve à la Haye pour voir son patron. Ne vous en faites pas. Le Président Laurent Gbagbo reçoit beaucoup de personnalités, il fait certainement des remontrances aussi. Mais aucune personne n'est revenue avec une remontrance pour Gervais Coulibaly.

Êtes-vous optimiste sur son sort ?



Moi, je suis convaincu que le Président Laurent Gbagbo va sortir de là où il est. Pour ceux qui pensent le contraire, il est temps de réviser leur position. Le Président Laurent Gbagbo va sortir peut-être plus tôt qu'on ne le croit, parce que son dossier est vide. Si son dossier était si bien fait, on n'aurait pas demandé à la procureure d'aller chercher un complément de preuves. Alors quand on arrive à ce stade là, je l'ai dit dans plusieurs interviews, laissez mon patron revenir. Il n'y a rien dans le dossier. Au lieu de dire aux gens : « allez-chercher un complément de preuves ». Cela veut dire que le dossier est vide. Je me demande d’ailleurs pourquoi il est encore là-bas. Que l'on le libère. Je voudrais rassurer tout le monde. S'il vient, il n'y aura rien. Il ne faudrait pas que les gens aient peur. Laurent Gbagbo est un homme de paix. S’il sort, c'est encore lui-même qui va calmer les gens. Il fera la promotion de la normalisation de la situation socio-politique et de la paix. Il faut donc que l'on se tranquillise, que l'on le laisse venir. Cela va aider à la réconciliation de ce pays. Qu’est ce que ça ferait si Laurent Gbagbo est notre candidat en 2015 ? N'est-ce pas la meilleure chose ça ? Laurent Gbagbo candidat en 2015 ; Oh quel rêve ! Enfin nous allons pouvoir terminer nos projets de développement.

Interview réalisée par Tché Bi Tché
Coll : Marcel Dezogno 

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