Politique

Interview / Crise au sein du FPI - Amani N’Guessan crache ses vérités

Interview / Crise au sein du FPI - Amani N’Guessan crache ses vérités

Les dissensions au sein du Front populaire ivoirien (FPI) sont en réalité « une guerre de positionnement et de légitimité », a estimé son vice-président Michel Amani N’Guessan, selon qui le principal parti de l’opposition en Côte d’Ivoire « survivra » à son fondateur, l’ancien chef d’Etat Laurent Gbagbo, dans une interview à Alerte Info.

Le Front populaire ivoirien a décidé le 13 septembre dernier, lors d’un comité central, de se retirer de la Commission électorale indépendante (CEI). Est-ce un désaveu pour le Président Pascal Affi N’Guessan qui on le sait était pour le maintien du parti au sein de la Commission ?

Ce n’est pas un désaveu. C’est une opinion au sein du parti qui s’est exprimée et nous avons opté résolument pour la démocratie. Nous sommes tous volontaires pour nous incliner et suivre toute majorité qui se dégage à un moment de la vie.

Les opinions se développent avec les contextes. Chacun de nous à une lecture différente d’un contexte. Et cela peut donner lieu à des opinions différentes. Ce qui vient de se passer, il s’agit de la CEI.

Il ne s’agit pas d’une opposition d’opinions de fond. Majoritairement, les gens pensent que c’est en n’étant pas à la CEI que cela arrange le FPI.

Si nous sommes pour les intérêts du FPI, nous devons nous aligner sans dire que quelqu’un a été discrédité ou désavoué. Nous allons suivre cette opinion jusqu’à ce qu’elle démontre ses limites pour changer.

Pour certains observateurs, les jours du Président Affi N’Guessan à la tête du FPI sont comptés et le prochain congrès de décembre ne devrait qu’entériner son départ…

Diriger un parti, c’est beaucoup de choses. Ce n’est pas seulement la CEI. Est-ce que dans tout ce qu’il faut prendre en compte dans la gestion d’un parti, le Président Affi ne mérite-t-il pas d’être suivi.

C’est la question qui va se poser au congrès. Moi je pense que le Président Affi mérite d’être suivi et qu’au congrès rien n’est joué.

Le Président Affi ne joue pas sa survie à la tête du FPI. La question de la CEI n’est pas une question préoccupante au sein du FPI. C’est même, je dirai, un accident de parcours.

Sinon dans la gestion courante du FPI, il n’y a pas de CEI. Le président Affi sera apprécié sur la gestion courante du FPI. La question de la CEI n’est qu’un épiphénomène.

Ce retrait de la CEI présage-t-il d’un boycott de la présidentielle de 2015 ?

Le congrès s’exprimera, se prononcera sur la question. Je ne peux pas aujourd’hui affirmer quoi que ce soit concernant notre participation ou non aux élections générales prochaines. En toute responsabilité, le congrès tranchera.

Personnellement, pensez-vous que le FPI doit aller aux élections de 2015 ?

Pour le moment, je ne veux pas influencer le congrès parce que la démocratie suppose qu’on attende les cadres appropriés pour développer ses arguments.

Aujourd’hui, si des cadres du parti commencent à prendre position par rapport à un certain nombre de sujets, c’est de la corruption.

Aujourd’hui, je ne saurais de façon prématurée dire un point de vue et le défendre au risque de corrompre le congrès et la démocratie.

Certains militants estiment qu’aller aux élections, ce serait légitimer le pouvoir actuel ?

Le débat aura lieu. Les militants de base peuvent se prononcer, peuvent discuter. Mais au niveau de responsabilité où je suis, je ne peux pas me permettre d’en finir avec le débat avant le débat.

Jusqu’à quand le FPI va-t-il resté en marge de la vie politique en Côte d’Ivoire ?

Jusqu’à ce que les conditions que la majorité qui soutient le retrait de la CEI soient remplies. Ceux qui ont soutenu le retrait de la CEI, ont soumis notre retour à des conditions.

Les jours prochains vous saurez ces conditions. Et le pouvoir, s’il veut bien que nous soyons à la CEI, fera tout pour remplir ces conditions.

Au-delà de la CEI, le FPI avait déjà boycotté les législatives, les municipales. Jusqu’à quand la fin de cette politique de la chaise vide ?

Jusqu’à quand on va nous refuser la réalisation des conditions que nous posons ? Aujourd’hui, le président Gbagbo est La Haye. C’est une condition. Nous avons plusieurs camarades qui sont en prison.

J’ai toujours dit que c’est contre-productif de répondre favorablement à l‘invitation du pouvoir actuel à participer à quoi ce soit s’il nous le demande en nous demandant en même temps d’oublier nos camarades en difficulté. Ceux qui sont en exil, en prison.

Il y a des conditions objectives dont la réalisation est demandée par le Front populaire ivoirien. Ne pas régler les problèmes et dire qu’on tend la main, c’est de la démagogie politique.

Est-ce que le FPI peut durablement survivre à Laurent Gbagbo ?

Le FPI, c’est une idée. C’est un esprit donc les esprits ne meurent pas. Les hommes meurent mais les esprits demeurent.

Il y a toujours qu’une association incarne un esprit. Laurent Gbagbo a cette double dimension d’être un homme donc mortel et un esprit donc immortel.

Le FPI survivra à Laurent Gbagbo. Aujourd’hui, il est momentanément à La Haye, donc parler de survie cela veut dire que nous avons déjà réduit son existence parmi nous. Que nous nous imaginons son absence éternelle. Ce qui n’est pas le cas.

La crise au FPI, est-ce une guerre de positionnement ou de simples divergences sur le choix stratégique politique ?

Gbagbo est le fondateur du parti. Mieux Gbagbo à un charisme qui a fait que chacun de nous se reconnait forcement en lui. Gbagbo comme un aimant nous a attiré tous.

C’est cet aimant qu’on a mis à La Haye. Il faut quelqu’un de sa dimension pour rassembler comme s’il était là. Or nous tous qui restons ici sommes ses enfants. Nous sommes donc à l’épreuve de l’exercice de la capacité à rassembler les fils du pays.

Alors chacun de nous se présente comme candidat à la capacité de rassemblement des enfants de Gbagbo. C’est ce qui explique cela. Moi-même qui vous parle, je suis aussi habité par ce sentiment d’être doté de la capacité de rassembler les militants du FPI. Et nous nous contestons les capacités. C’est une guerre de positionnement, une guerre de légitimité.

La crise est-elle derrière maintenant ou au contraire a-t-elle atteint un point de non-retour ?

La crise est en nous. Elle est dans le FPI en tant que corps. Il faut démontrer une capacité de dépassement et se dire que c’est tout à fait logique que personne n’incarnera la légitimité de Gbagbo Laurent.

Mais comme si Gbagbo Laurent avait déposé un testament. Celui qu’il a choisi pour diriger le FPI en reconnaissance de sa légitimité, ce dernier doit lui aussi jusqu’à un prochain congrès diriger le parti. Mais on confond aujourd’hui l’absence de Gbagbo et ses instructions avant de partir.

Le congrès de 2001 s’est déroulé quand le président Gbagbo était en Côte d’Ivoire. Et c’est de façon consensuelle que nous avons choisi M. Affi avec l’appui M. Gbagbo.

Moi je considère que c’est un testament aussi. Aujourd’hui, suivre Affi c’est être dans la volonté du président Gbagbo. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles nous restons avec M. Affi jusqu’à ce qu’un congrès soit organisé pourqu’on apprécie ce qu’il a fait.

Et c’est l’empressement à changer le choix qui a été fait quand Gbagbo était encore là que nous ne comprenons pas.

Quelle lecture faites-vous des propos du Président Alassane Ouattara qui affirme que le président de la CEI, Youssouf Bakayoko, ne bougera pas et menace de faire organiser la présidentielle de 2015 par le ministre de l’Intérieur ?

Le président Ouattara confirme qu’il est un dictateur. Il confirme qu’il n’est pas un démocrate. M. Ouattara se croit tout permis en Côte d’Ivoire.

Il va même jusqu’à dire que si certaines déclarations continuent d’être faites, il risque de confier l’organisation des élections au ministère de l’Intérieur. C’est un sacrilège, c’est une atteinte grave à la démocratie.

Nous nous sommes battus pour obtenir la CEI. C’est le résultat d’une conquête extrêmement difficile et M. Ouattara, au détour d’une tournée de campagne à l’intérieur du pays, veut mettre fin à une institution démocratique.

On ne saurait accepter cela. M. Alassane Ouattara après avoir pris en otage les institutions de la République, veut mettre fin à la démocratie politique.

S’il enlève la CEI, il reste quoi, à supprimer les partis politiques et on retombe dans le parti unique ? Iltrouvera en face des démocrates pour engager la contradiction et maintenir le pays dans le multipartisme et la démocratie.

Alerte Info

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