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Disparition de Khashoggi : le journaliste aurait été décapité

Disparition de Khashoggi : le journaliste aurait été décapité

C'est la presse turque qui l'affirme. Selon le « New York Times », des proches du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane seraient liés à l'affaire.

L'enquête avance sur la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. C'est désormais le quotidien turc Yeni Safak qui explique avoir eu accès à un enregistrement sonore révélant qu'il a été torturé avant d'être « décapité » dans le consulat de son pays à Istanbul. Le journal précise ainsi que ses doigts auraient été coupés par des agents saoudiens. Il a ensuite été « décapité », selon le quotidien progouvernemental, qui ne précise pas comment il a eu accès à ces enregistrements.

Certains médias, dont le Washington Post pour lequel écrivait M. Khashoggi, avaient auparavant rapporté l'existence d'enregistrements audio et vidéo prouvant que le journaliste avait été « interrogé, torturé puis tué » à l'intérieur du consulat, avant que son corps ne soit démembré. Mais c'est la première fois qu'un média turc dit avoir eu accès à de tels enregistrements. Selon Yeni Safak, le consul saoudien Mohammad Al-Otaibi peut être entendu sur l'un des enregistrements, disant : « faites ça dehors, vous allez m'attirer des problèmes ». Ce à quoi un individu non identifié lui répond : « Si tu veux vivre quand tu reviens en Arabie saoudite, tais-toi. » Mohammad Al-Otaibi a quitté Istanbul mardi.

 

Le site d'informations en ligne Middle East Eye raconte, citant une source qui a eu accès à l'enregistrement sonore des derniers moments du journaliste, que Jamal Khashoggi a été emmené dans le bureau du consul. Selon cette source, « il n'y a pas eu de tentative d'interrogatoire. Ils étaient venus le tuer » et le consul lui-même a été sorti de la pièce. Un médecin légiste, identifié comme Salah al-Tubaigy et qui faisait partie de la quinzaine de Saoudiens dépêchés par Riyad à Istanbul ce jour-là selon plusieurs médias, a ensuite commencé à découper le corps de Jamal Khashoggi encore vivant, d'après la source de Middle East Eye. Pendant qu'il faisait cela, Salah al-Tubaigy a commencé à écouter de la musique à l'aide d'écouteurs. « Quand je fais ce travail, j'écoute de la musique. Vous devriez (le) faire aussi », l'entend-on dire sur l'enregistrement, selon la même source. L'assassinat a duré sept minutes, affirme Middle East Eye.

Un proche du prince héritier saoudien

Plus tôt, le New York Times révélait que l'un des hommes identifiés par la Turquie comme faisant partie des responsables serait un proche du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

Selon le journal américain qui publie plusieurs photos pour appuyer ses dires, Maher Abdulaziz Mutreb a notamment accompagné le prince lors de déplacements aux États-Unis en mars 2018 ainsi qu'à Madrid et à Paris en avril 2018. Les autorités turques ont diffusé une photo de lui arrivant à l'aéroport d'Istanbul.

Celui qui est surnommé « MBS » et son père le roi Salmane ont nié avoir connaissance du sort du journaliste saoudien, qui s'est installé aux États-Unis en 2017 après être tombé en disgrâce à la cour du prince. Il n'a plus donné signe de vie après être entré dans le consulat de son pays à Istanbul pour des démarches administratives le 2 octobre. Selon les autorités turques, il a été assassiné dans ces locaux par une équipe venue d'Arabie saoudite. Riyad assure jusqu'ici qu'il a quitté la représentation diplomatique peu de temps après, mais n'a pas été en mesure d'en apporter les preuves.

Le New York Times ajoute que trois autres suspects – qu'il identifie comme Abdulaziz Mohammed al-Hawsawi, Thaar Ghaleb al-Harbi et Muhammed Saad Alzahrani – ont été liés par des témoins ou d'autres sources aux services de sécurité attachés au prince de 33 ans. Et un cinquième homme, un médecin légiste identifié comme Salah al-Tubaigy, a occupé des postes à hautes responsabilités au ministère saoudien de l'Intérieur et dans le secteur médical saoudien, poursuit le journal, soulignant qu'« un personnage de cette stature ne pourrait être dirigé que par une autorité saoudienne de haut rang ».

Vers une reconnaissance par l'Arabie saoudite ?

Le quotidien affirme avoir confirmé par lui-même qu' « au moins neuf des quinze (suspects) ont travaillé pour les services saoudiens de sécurité, l'armée ou d'autres ministères ». Pour le New York Times, la position des suspects au sein du gouvernement saoudien et les liens de plusieurs d'entre eux avec le prince héritier « pourraient rendre beaucoup plus difficile de l'absoudre de toute responsabilité » dans la disparition de Jamal Khashoggi. « Et la présence d'un médecin légiste spécialisé dans les autopsies suggère que l'opération pourrait avoir été préparée avec un objectif fatal depuis le début », relève le journal.

Selon le Washington Post, Ankara a dit aux États-Unis détenir des enregistrements audio et vidéo montrant comment Jamal Khashoggi avait été « interrogé, torturé puis tué » à l'intérieur du consulat, avant que son corps ne soit démembré. Des médias américains avaient rapporté lundi soir que l'Arabie saoudite envisageait de reconnaître que le journaliste de 59 ans était mort lors d'un interrogatoire qui aurait mal tourné au consulat.

Selon CNN, citant deux sources anonymes, Riyad préparerait un rapport tentant de minimiser son implication dans la disparition du collaborateur du Washington Post. Le rapport, a avancé l'une de ces sources, conclurait que l'opération a été menée « sans autorisation ni transparence » et que « les personnes impliquées seront tenues pour responsables ».

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo est, lui, attendu ce mercredi en Turquie après avoir obtenu des dirigeants saoudiens l'assurance de leur volonté d'élucider l'affaire. « J'estime, à l'issue de ces rencontres, qu'il y a un engagement sérieux à déterminer tous les faits et à assurer que les responsabilités soient établies, y compris la responsabilité de dirigeants ou de hauts responsables d'Arabie saoudite », a déclaré dans un communiqué le chef de la diplomatie américaine.

Se faisant l'écho de tweets du président Trump, qui s'est invité par téléphone au dîner qu'ont eu M. Pompeo et le prince héritier, le secrétaire d'État a déclaré que les dirigeants saoudiens « ont démenti énergiquement savoir quoi que ce soit sur ce qui s'est passé dans leur consulat à Istanbul ». 

Le prince héritier « s'est engagé à ce que le travail du procureur saoudien fournisse au monde entier une explication complète et définitive en toute transparence », a ajouté Mike Pompeo. « J'ai souligné l'importance de mener une enquête approfondie, transparente et rapide, et les dirigeants saoudiens s'y sont engagés », a assuré le chef de la diplomatie américaine.

Un sommet économique compromis

Une conférence organisée du 23 au 25 octobre par le fonds souverain saoudien à Riyad est désormais compromise. Elle devait servir de vitrine aux réformes économiques lancées par le prince héritier Mohammed ben Salmane, considéré comme l'homme fort de l'Arabie saoudite. Mais la liste des entreprises annulant leur venue s'allonge. Le directeur général de Société générale, Frédéric Oudéa ou Jean Lemierre, président de BNP Paribas ont déjà annulé leur venue. Virginie Morgon (Eurazeo), Jean-Bernard Lévy (EDF) et Patrice Caine (Thalès) n'ont pas encore faire de commentaires sur leur participation. Christine Lagarde, la patronne du Fonds monétaire international (FMI), a aussi repoussé son voyage au Moyen-Orient, qui comprenait une étape à Riyad pour la conférence.

Au niveau international, voici ceux qui ont déjà annoncé leur absence. John Flint, directeur général de HSBC, Tidjane Thiam, directeur général de Crédit Suisse et Ajay Banga, PDG de MasterCard sont à ranger parmi les défections. Trois entreprises qui comptent parmi les huit « partenaires stratégiques » de la conférence, tout comme Siemens, dont le patron Joe Kaeser n'a jusqu'ici pas annulé sa venue. On trouve aussi dans cette liste : Jamie Dimon (JPMorgan Chase), Larry Fink (BlackRock), Stephen Schwarzman (Blackstone) ou encore Bill Winters (Standard Chartered).

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