Politique

CPI/ Pourquoi la libération de Gbagbo fait peur (2)

CPI/  Pourquoi la libération de Gbagbo fait peur  (2)

Transféré à la prison de Scheveningen aux Pays Bas par le régime d’Abidjan, Laurent Gbagbo continue de troubler le sommeil de ses adversaires. Plus que jamais son retour est redouté pour plusieurs raisons.

Par-dessus les sensibilités, le transfèrement de Laurent Gbagbo suivi de celui de Charles Blé Goudé à La Haye répond à une pratique très ancienne du colon qui consiste à déporter le résistant dans un pays étranger pour l’isoler de ses concitoyens.

La déportation dans l’histoire de la Côte d’Ivoire

Si la nouvelle génération découvre la face obscure de la France, pays de la liberté de l’égalité et de la fraternité, les anciens savent que la belle image de la tour Eiffel ne peut effacer tout le sang (des résistants) versé par Paris. Notamment les résistants ivoiriens qui, à l’instar de leurs pairs africains, ont été déportés dans d’autres pays. Ainsi, lors de la résistance contre l’occupation française, des guerriers Bété sont exécutés et leurs têtes exposées sur des piquets pour servir d’exemple. Boguié Rabet, Sakré Sokia, Gagbongouo Koré, tous ces guerriers sont tués et  Zokou Gbeuli, l’instigateur est arrêté et emprisonné à Zuenoula. Moins chanceux, Aka Tehoua et Ebrin Boto (des Agni), sont arrêtés et déportés au Sénégal en 1908.  Dans le Bas-Cavally, les notables d’Akoupé Kotobo Esse, Kadio Bede et Dré, sont condamnés à deux ans de prison à Port-Etienne en Mauritanie.  Ils seront rejoints par le chef de guerre Dibi (Adjoukrou) condamné le 24 juin 1910 à cinq d’exil et Bliton Bi Goré (Gouro) chef de guerre des Bonon condamné à dix ans d’exil. Puis les prisons du Gabon accueilleront le  chef de village d’Adjamé, Yapi Akpapa (Ebrié) et le roi de Bonoua Ahui Nogbou (Abouré). Si certains sont revenus de cette déportation, les autres y ont perdu la vie.

Le retour de Gbagbo

En ce qui relève de l’ex-président ivoirien (71 ans), s’il tient le coup, son retour sonnera à coup sûr comme la mort politique de son successeur Alassane Ouattara. Car Gbagbo demeure présent dans l’imagerie populaire des Ivoiriens. « La générosité. Le peuple aime qu’on l’aime, qu’on l’écoute, qu’on aille vers lui, qu’on s’offre à lui. Je pense avoir cette qualité-là », répondait-il à la question de savoir ses atouts. Et le peuple ivoirien lui exprime cette générosité si bien qu’il est présent dans sa vie. Des ustensiles de cuisine appelées ‘‘Gbagbo’’ en raison de leur solidité au verbe ‘‘Gbagboter’’ utilisé pour remplacer ‘‘marcher’’ en référence aux marches de protestation comme arme démocratique, l’ex-président demeure dans les cœurs et les esprits. D’autant que l’enseignant-chercheur a réussi là où l’économiste chevronné dont les mérites sont reconnus par les institutions de Bretton Wood mord la poussière. Il réussit à faire face  à une ardoise de 6.000 milliards laissée par ses prédécesseurs comme dettes, paie les salaires des fonctionnaires de l’ensemble du pays quand bien même une partie est occupée par la rébellion. L’intégralité du territoire et la paix retrouvée, Ouattara peine à satisfaire le peuple ivoirien en dépit de ces promesses fallacieuses.

« Ouattara fait partie de cette génération de technocrates imposés au début des années 1990 par les bailleurs de fonds à la tête de plusieurs gouvernements africains. C’était une mode. Or tous ont échoué parce que diriger un pays c’est d’abord faire de la politique avant de lui appliquer des recettes estampillées Bretton Woods. Et puis répéter de meeting en meeting qu’on sait où trouver l’argent qui sauvera le pays c’est se comporter en vendeur d’illusions. L’argent, ça se gagne par le travail des citoyens. Tout le reste n’est que démagogie. », rétorquait Gbagbo en 2010 lorsque Ouattara se présentait comme le médecin économiste au chevet d’une Côte d’Ivoire malade.

 

Malgré toute la débauche d’énergie dont fait montre l’actuel régime, il est loin d’être serein. Un tel renversement de  situation n’est pas envisageable pour l’heure. Car la peur a déjà changé de côté. L’euphorie de l’arrivée de Gbagbo à l’aéroport d’Abidjan ainsi que l’érection de son village Mama en lieu de pèlerinage suffisent pour donner des cauchemars à certains. Ils peuvent s’en vouloir de n’avoir pas fait de la réconciliation nationale une priorité.

 

 

 

 

Commentaires