Politique

Construction des infrastructures. Koulibaly attaque Ouattara: "Ne pas confondre graisse et muscle"

Construction des infrastructures. Koulibaly attaque Ouattara:

Lorsque les experts économiques conseillent que le développement d’un pays procède par la mise en place d’infrastructures, ils oublient de préciser quel type d’infrastructures doit primer dans l’ordonnancement. Ainsi l’Etat ivoirien, c’est-à-dire le gouvernement, s’endette à coup de milliards de francs cfa pour construire des infrastructures. «Quand le béton va, tout va» dit-on.

On construit des ponts très utiles entre des bidonvilles que l’on se dépêche de dégager pour faire place à des logements haut standing. On construit des autoroutes très utiles, mais qui traversent des villages de cases en terre battue et en paille. On construit des barrages hydroélectriques très utiles au développement, mais qui conduisent  à l’exode des populations déplacées sans droits. On construit de belles routes bitumées dans des quartiers résidentiels et huppés, alors que les zones industrielles et de production agricole sont desservies par des voies qui, quand elles existent, sont impraticables et mal entretenues. On construit des immeubles de grand luxe de plusieurs étages pour les services administratifs de l’Etat. La liste des infrastructures est infinie. Le béton ne fait pas défaut.

Toutes ces dépenses contribuent à la hausse du produit intérieur brut (pib) et à gonfler les chiffres de la croissance économique. En économie comme dans le corps humain, les tissus volumineux font grossir, mais ne produisent pas de muscles. Tout n’est que graisse. On voit du gros, du gras, de l’adipeux qui occupe de la place sous la peau, et donne même l’impression de peser plus lourd que le muscle.

De grands naïfs pensent qu’un kilogramme de graisse pèserait plus lourd qu’un kilogramme de muscles. Une économie comme celle de la Côte d’Ivoire, avec les graisses infrastructurelles mises en place fait, dit-on, 10% de croissance, là où l’économie américaine avec ses muscles fait à peine 1% et l’économie chinoise avec ses muscles 8%. La Côte d’Ivoire, avec sa graisse, pèse aussi lourd, sinon plus lourd, que les Etats-Unis et la Chine réunis. Une économie qui fait de la croissance de graisse se gave comme les Sumo, ces lutteurs japonais qui se nourrissent de repas gargantuesques composés des glucides, de viande et de gras pour conserver des calories et devenir obèses, dans le but de se faire applaudir comme champions d’un jour sur le ring en string. Résultat : Pleins de lipides et de mauvais cholestérol décuplant les risques de maladies cardiovasculaires, ils souffrent d’une espérance de vie relativement courte dans le contexte de leur pays.

Une économie faite de graisse survit mal dans le monde moderne, même si elle donne l’illusion de réussite à chaque fois qu’on fête l’émergence d’un bourrelet réalisé dans le tissu adipeux du corps social. Le tissu graisseux est volumineux et, contrairement au muscle, il a besoin d’espace pour se mouvoir dans le pays avec beaucoup de bruit et de flonflons, accompagné de champagne, de discours et de menaces à peine voilées. Le muscle, lui, est plus discret, en apparence plus léger et moins volumineux, mais avec une plus forte densité et un format plus compact comparé à la graisse qui flotte comme de la gelée. Dans le processus de développement, certaines infrastructures conduisent à la graisse et d’autres au muscle.

Pour continuer l’analogie avec le corps humain, les facultés de médecine enseignent que suite à un accident de la route par exemple, ou dans le cas d’un incendie grave, dès la salle des urgences de l’hôpital, un bon praticien peut prédire les chances de s’en sortir d’une personne rien qu’en observant l’état de dégradation de ses muscles. La graisse sous la peau entrepose des lipides et le cholestérol, alors que les muscles stockent les acides aminés, constituants indispensables des protéines qui protègent le système immunitaire, assurent les cicatrisations du corps, réconcilient les organismes qui rendent capables la défense contre l’infection, les maladies rebelles et les microbes de toutes sortes. Un pays malade comme la Côte d’Ivoire, blessé par plusieurs années de crises, dont les populations ont besoin d’être protégées du tribalisme et de la division, de cicatriser les blessures physiques, matérielles et morales et de se réconcilier pour éviter l’émergence de nouvelles rebellions et de microbes mortels à Abobo, Yopougon, Daloa etc. a donc plus besoin de muscles que de graisse.

Ce sont les muscles qui produisent l’énergie vitale dans le corps. Ils sont rattachés au squelette par des tendons solides. Ils sont constitués de milliers de fibres regroupées en faisceaux et qui donnent sa vivacité au corps humain. La masse graisseuse augmente en mangeant, alors que la masse musculaire s’améliore par l’entraînement intensif qui met les muscles à l’épreuve pour les bâtir plus vite et les rendre plus performants et plus endurants. Dans le cas d’une économie comme celle de la Côte d’Ivoire, les muscles, ce sont les institutions liées à l’état de droit, alors que la graisse provient du droit de l’Etat.

Le muscle se réfère aux droits de l’homme et notamment à celui des minorités, à commencer par la plus petite qui est l’individu, alors que la graisse renvoie à la loi et l’ordre imposés par les majorités politiques. Comme le disait un député socialiste français «vous avez juridiquement tort, parce que vous êtes politiquement minoritaire.»

Le muscle,  c’est la propriété privée des terres avec les titres fonciers remis aux propriétaires légitimes, alors que la graisse c’est l’accaparement des terres par expropriation des paysans par les Etats au prétexte d’attirer l’investissement direct étranger.

Le muscle, ce sont les réformes du système judiciaire pour instaurer une justice transitionnelle, alors que la graisse c’est la célébration fastueuse d’un pont en retard de plus de trente ans le jour anniversaire de l’épouse du président de la République.

Le muscle, c’est doter les écoles et les universités de laboratoires, de bibliothèques, de salles de classe, de connexion internet, de salles d’apprentissage des langues et de l’informatique, alors que  la graisse c’est construire de hautes clôtures décorées avec les fresques du potentat au pouvoir autour des universités ; en placer les entrées et sorties sous haute surveillance de la police et imposer aux étudiants de prolonger leur cursus d’une année exclusivement consacrée aux langues et à l’informatique.

De grâce! Ne faisons plus de confusion entre une économie qui croît son taux de cholestérol et une qui augmente sa masse musculaire.

Les réalisations d’Alassane Dramane Ouattara sont certes importantes pour notre pays. Elles en augmentent la dette extérieure et les infrastructures en béton,  ciment et goudron. Ce n’est que de la graisse. Nous attendons la construction d’une économie musclée, réconciliée en sécurité avec les infrastructures intangibles que sont le droit  et les libertés.

Si les ponts, les barrages et les immeubles faisaient le développement, la Côte d’Ivoire de Houphouët-Boigny aurait été de très loin plus développée que la Corée du Sud ou le Brésil. Le premier président du pays a réalisé deux ponts à Abidjan, les immeubles du Plateau, (majoritairement propriété de l’Etat et dont les ascenseurs ont bien de mal à fonctionner aujourd’hui),  six ou sept barrages, mais à la fin de son règne, son pays se débattait contre ses créanciers et plaidait pour avoir le statut alors privilégié de pays pauvre très endetté (ppte).

La différence entre ce que Ouattara fait et le programme de LIDER est fondamentale : lui engraisse l’économie avec le mauvais cholestérol de la dette, des déficits publics, des surfacturations, de la corruption, de la violation de la constitution et de la loi, de l’impunité et des violences de toutes sorte, alors que nous, nous envisageons muscler l’économie avec le droit, la justice, la liberté et les infrastructures institutionnelles.

Le corps social est malade d’injustice et d’insécurité. Chaque infrastructure non intangible construite par Ouattara ne sert qu’à célébrer son ego. Qu’il réhabilite des universités (au lieu d’en construire cinq comme il s’y était engagé), c’est pour s’immortaliser en dénommant l’une d’elles de son illustre nom. Qu’il achève un pont conçu depuis plus de trente ans, c’est pour immortaliser un complice et partenaire, qui se dépêche de promettre l’enfer à tous ceux qui s’opposeraient au réalisateur du projet.

Ne nous y trompons pas. Même si un kilo de graisse a le même poids qu’un kilo de muscles, les deux n’ont ni la même densité, ni la même efficacité pour la santé, la croissance et la survie du corps humain. Il en va de même pour l’économie d’un pays. La croissance de la graisse dans l’économie n’équivaut pas à la croissance des muscles. Pour engraisser l’économie, rien de tel que la dette, le mensonge d’Etat, la répression financière et la tyrannie fiscale, alors que pour muscler l’économie, il n’y a que le capital humain avec les infrastructures institutionnelles, éducatives, sanitaires, et les infrastructures intangibles comme la responsabilité, les libertés, la justice, et la propriété. C’est ce que nous vous proposons avec LIDER.

Je vous souhaite à tous, individuellement et collectivement, de passer les fêtes en bonne santé. Joyeux Noël.

Mamadou Koulibaly
Président de LIDER
Liberté et Démocratie pour la République

Graisseetmuscle 

Commentaires