Politique

Cameroun : Amnesty dénonce des violations des droits de l’homme en zone anglophone

Cameroun : Amnesty dénonce des violations des droits de l’homme en zone anglophone

Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les combats sont devenus quasi quotidiens entre les forces de sécurité camerounaises et des hommes armés se réclamant de "forces de restauration" d'un État anglophone qui avait brièvement vu le jour entre les deux guerres mondiales, sous mandat britannique.

 

« Des enseignants et des étudiants, accusés de ne pas avoir participé au boycottage (imposé par les séparatistes), ont été agressés physiquement et au moins 42 écoles ont été attaquées par des séparatistes armés de février 2017 à mai 2018 », indique le rapport de l’ONG paru mardi 12 juin. Selon l’ONG, au moins 44 membres des forces de sécurité ont été abattus par des séparatistes armés entre septembre et mai dans les régions anglophones.

Radicalisation

Par ailleurs, « les forces de sécurité camerounaises ont commis des violations des droits humains, dont des homicides illégaux, des exécutions extrajudiciaires, des destructions de biens, des arrestations arbitraires et des actes de torture durant des opérations militaires », selon l’ONG.

« La lourde réponse militaire de l’armée a contribué à envenimer la situation. Au Nigeria nous avons rencontré beaucoup de gens qui avait fui la zone anglophone qui ne souhaitait pas rentrer tant que les anglophones n’avaient pas un État. Ce sont des gens qui ne soutenaient pas forcément la cause séparatiste au départ mais qui, en voyant la gestion de la situation par l’armée, se sont radicalisés », explique Ilaria Allegrozzi, chercheuse d’Amnesty International.

Témoignages et photos à l’appui, Amnesty a documenté 23 cas de torture dans le village de Dadi (Sud-Ouest) en décembre. « Les victimes ont déclaré avoir eu les yeux bandés et avoir été rouées de coups. (…) Elles ont aussi été électrocutées et ébouillantées », écrit l’ONG.

« La population est prise entre deux feux, entre le marteau et l’enclume : entre les violations des droits de l’Homme et les crimes commis par les forces de sécurité, et la violence des séparatistes armés qui s’en prennent également aux citoyens ordinaires », a estimé la chercheuse d’Amnesty International lors d’une conférence de presse à Dakar lundi.

Fin mai, l’ambassadeur des États-Unis au Cameroun avait dénoncé des « assassinats ciblés » commis par les forces gouvernementales et des « meurtres de gendarmes » commis par des séparatistes.

En février, l’Union européenne avait appelé l’armée à un « usage proportionné de la force ». À chaque fois, les autorités de Yaoundé ont démenti avec fermeté. Quelque 160 000 personnes ont dû fuir leur logement à la suite des violences, selon l’ONU, et 34 000 se sont réfugiées au Nigeria, selon l’agence nigériane de gestion des urgences (Sema).

Joint par Jeune Afrique, le ministre de la Communication Issa Tchiroma n’a pas souhaité réagir, précisant que le gouvernement communiquerait prochainement.

En juillet 2017, suite à un rapport de l’ONG sur les violations des droits de l’homme dans l’extrême-nord du Cameroun, Issa Tchiroma avait estimé que « la fixation faite sur le Cameroun et ses Forces de Défense et de Sécurité, l’accumulation de constats tous aussi faux que grossiers par Amnesty International prouvent bien que nous sommes en face d’une véritable campagne de déstabilisation ».

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