Politique

Burkina Faso : Kaboré, la chèvre et le chou

Burkina Faso : Kaboré, la chèvre et le chou

Le président du Burkina Faso est au milieu de sa propre traversée, à équidistance de son élection en novembre 2015 et du scrutin de 2020. Au milieu du gué, sa charge – « tous les péchés du Faso » ? – n’est guère plus légère que celle de saint Christophe. L’autre soutien du régime est la coalition gouvernementale entre le social-démocrate MPP, la « gauchiste » Union pour la renaissance/Parti sankariste (Unir/PS) et le plutôt conservateur Parti de la renaissance nationale (Paren). Fin octobre 2017, l’ancienne figure de proue de ce dernier, Tahirou Barry, a claqué la porte du ministère de la Culture, sans toutefois emporter dans ses bagages la formation politique, qui l’avait exclu quelques semaines plus tôt. Le goût immodéré de Roch Kaboré pour une synthèse dépourvue de conflits pourrait lasser Comment conjurer le sablier pour Kaboré ? En approfondissant le sillon gouvernemental ou en amorçant un virage stratégique ? Pour l’heure, comme à son habitude, le moins révolutionnaire des rejetons politiques de Blaise Compaoré ménage la chèvre et le chou. Fin janvier 2018, un remaniement ministériel suggérait une volonté d’ajustement tout en maintenant à son poste le Premier ministre, Paul Kaba Thiéba. Si le caractère affable de Roch Kaboré est une qualité personnelle qui plaît, son goût politique immodéré pour une synthèse dépourvue de conflits pourrait lasser. Il faudra brandir bientôt des résultats palpables – par l’annonce de réalisations nationales spectaculaires, dans le cadre du Plan national de développement économique et social (PNDES) ou par une générosité individualisée. Le chef de l’État garde sans doute les « cadeaux présidentiels » sous le coude, pour une année préélectorale qui pourrait être inconfortable. À moins de considérer que le score de 53,49 % obtenu en 2015, dès le premier tour de la présidentielle, comporte une marge de dégradation tolérable pour un présumé président-candidat.

Opinion. Le catholique pratiquant Roch Marc Christian Kaboré se reconnaît-il quand il médite la parabole de saint Christophe ? Transportant l’enfant Jésus d’un bord à l’autre d’une rivière, le passeur bientôt canonisé ressent un poids de plus en plus lourd sur les épaules, fardeau qui se révélera contenir « tous les péchés du monde ».

Le mois prochain, le président du Burkina Faso sera au milieu de sa propre traversée, à équidistance de son élection en novembre 2015 et du scrutin de 2020. Au milieu du gué, sa charge – « tous les péchés du Faso » ? – n’est guère plus légère que celle de saint Christophe…

Répertorié désormais sur la liste noire des États-Unis, le groupe jihadiste d’origine burkinabè Ansarul Islam continue de hanter certaines provinces excentrées du Faso comme le Soum ou le Gourma. Quant à la capitale, Ouagadougou, elle a connu, le 2 mars, de nouveaux attentats d’envergure revendiqués par le Groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans. La grogne sociale, affûtée par les réflexes de l’insurrection de 2014, n’épargne aucun secteur sensible, ni celui de l’éducation ni celui de la santé.

Si le procès du putsch manqué de 2015 a débuté, un flou entoure la tentative présumée de déstabilisation dont l’ancien ministre de la transition Auguste Denise Barry se serait rendu complice bien plus récemment. Enfin, trente et un ans et dix-neuf ans après les faits, les assassinats du président Thomas Sankara et du journaliste Norbert Zongo n’ont toujours pas connu leurs épilogues dans les prétoires…

« Président diesel »

À mi-parcours du marathon que constitue un mandat présidentiel, il n’est plus question d’invoquer le retard à l’allumage que le surnom de « président diesel » semblait accorder à l’actuel chef de l’État. Or, le président et son Premier ministre ne peuvent brandir beaucoup de résultats indiscutables, les statistiques sahéliennes étant généralement approximatives, souvent sujettes à caution ou simplement trop éloignées d’une quotidienneté économique que le « Faso d’en bas » juge préoccupante.

Roch Kaboré semble encore rechercher son équilibre politique

Au moment où il comptabilise autant de mois à la présidence qu’il lui en reste à passer, Roch Kaboré semble encore rechercher son équilibre politique. Qualifié de « réseau RSS » (Roch-Simon-Salif), son parti politique, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), a vu disparaître, en août 2017, le stratège Salif Diallo, alors président de l’Assemblée nationale et architecte de la majorité gouvernementale. Quant à Simon Compaoré, il devra démontrer que son nouveau statut de ministre d’État auprès de la présidence n’est pas un placard doré.

Commentaires