Economie

Transport lagunaire : Duel serré entre l’Etat, Bictogo et Bakayoko

Transport lagunaire : Duel serré entre l’Etat, Bictogo et Bakayoko

Après la levée du monopole de la Société des Transports abidjanais (SOTRA), le transport lagunaire ivoirien s’est enrichi de deux nouvelles flottes. L’une de la STL d’Adama Bictogo (qui s’est jetée à l’eau la première) et l’autre de Citrans de Zoumana Bakayoko (qui taquinera les eaux saumâtres de la lagune Ebrié en septembre prochain). Trois sociétés qui se disputent donc le million d’Abidjanais qui a besoin de se déplacer (1,2 millions selon des chiffres officiels).

 

 

Trois sociétés pour une seule et même cible : la population abidjanaise qui a recours aux moyens de transports en commun. Chacune de ses sociétés a pour elle des atouts non négligeables.

 

SOTRA : le bénéfice d’un long monopole

Depuis toujours, le transport lagunaire abidjanais rime avec SOTRA. Les bateaux-bus ont fini par s’installer dans le langage même de ceux qui ne les empruntent pas. En raison de cette présence vieille d’une cinquantaine d’années, la SOTRA a réussi à se trouver une belle place dans les habitudes des Abidjanais. Et il faut reconnaître que les coûts qu’elle pratique sont plutôt intéressants.

Avec le même ticket (de 200 FCFA)  qui aura servi pour le bus, on peut emprunter dans la même tranche horaire un bateau-bus SOTRA de la même ligne, sans avoir à débourser un seul sou de plus.  Il y a aussi la possibilité de bénéficier d’une carte mensuelle, beaucoup plus économique que de payer des tickets à chaque voyage. Une formule que ses concurrents n’ont encore jamais évoqué.

Même si son ancienneté joue la plupart du temps en sa faveur, il faut reconnaître que c’est là aussi que la SOTRA déçoit. Ses engins sont vieux et en nombre bien trop limité. Ce qui explique sûrement qu’ils ne soient pas toujours à l’heure.

 

STL : la force de frappe

Annonce en grandes pompes, bateaux-bus rutilants, matraquage médiatique, aucun détail n’a été occulté. La filiale du  groupe Société nationale d’édition de documents administratifs et d’identification (Snedai) d’Adama Bictogo veut se faire une belle place et elle le fait savoir.

Le politique et homme d’affaires Adama Bictogo prévoit investir en tout 45 milliards de F CFA sur cinq ans, financé à la fois par des fonds propres et par le secteur bancaire. L’entreprise, qui compte déjà deux gares opérationnelles à Treichville et à Cocody Riviera, doit en ouvrir d’autres au Plateau et à Yopougon. Les bateaux STL desservent depuis le 1er avril le tronçon Plateau-Treichville-Riviera, une rotation de trente minutes assurée par une dizaine de bateaux. A terme la compagnie entend transporter 100 000 passagers par jour.

Preuve que le cœur des Abidjanais n’est pas totalement conquis, le taux de remplissage oscille entre 10 % et 25 %, mais STL ne désespère pas. Adama Bictogo entend monter rapidement à 80 %. En plus, il annonce l’ouverture très prochaine (1er juillet 2017) d’une nouvelle ligne (Yopougon-Plateau-Treichville) sur laquelle seront affectés  seize bateaux.

Les prix des tickets STL varient selon la longueur des trajets, entre 200 et 500 F CFA. Les paiements peuvent se faire à la fois sur le site internet de la société et par mobile money.

Avec son partenaire néerlandais Damen (spécialiste européen des chantiers navals), la société entend également installer un atelier de maintenance et de réparation de bateaux-bus à Abidjan.

 

 

Citrans : la carte de l’ambition et de l’emploi

La compagnie dirigée par Zoumana Bakayoko, le frère du ministre d’Etat Hamed Bakayoko, entend démarrer effectivement ses activités en septembre prochain avec six gares entre lesquelles seront réparties une dizaine de navires. L’objectif dans un premier temps est de transporter 40 000 passagers par jour, puis de passer jusqu’en 2018 à 100 000 passagers, quotidiennement grâce à 23 bateaux et dix gares.

En plus des activités de transport lagunaire, Citrans entend avec son partenaire sud-africain Nautic réaliser un chantier naval dès 2019 pour fabriquer sur place des bateaux destinés à compléter la flotte d’une dizaine d’engins, mais également des bâtiments de pêche pour tous les pays de la sous-région. Il y a donc en ligne de mire, la création d’emplois pour les populations locales.

Pour la billetterie,  Citrans entend proposer des tickets de classe économique au prix de 200 F CFA, mais aussi des cabines VIP climatisées et équipées du wifi, pour un tarif de 500 F CFA. Et pour « éviter les longues files d’attente aux guichets des gares, tout se fera à partir d’un téléphone », explique Zoumana Bakayoko.

 

 

Comme la SOTRA, “la doyenne’’, les deux jeunes entreprises de transport lagunaire envisagent créer une branche touristique. Quand la STL affirme vouloir créer de véritables circuits touristiques, Citrans dit affecter l’un de ses bateaux VIP au tourisme. Un bateau qui sera aménagé en bateau-mouche, avec notamment un bar-pub.

Le duel est ouvert et serré. Les 566 km2 de lagune Ebrié sont désormais un vaste ring où s’affrontent deux jeunes loups et un vieux renard.

 

 

 

 

Imatin avec Jeune Afrique

 

 

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