Economie

Africa Ceo Forum 2018: Beaucoup de débats, peu d'annonces

Africa Ceo Forum 2018: Beaucoup de débats, peu d'annonces

La sixième édition de ce regroupement annuel du secteur privé en Afrique s’est achevée le mardi 27 mars 2018, à Abidjan, sur une note positive.

 

 

L’Africa Ceo Forum, l’un des plus grands rendez-vous du secteur privé en Afrique, s’est achevé le mardi au palais des Congrès de Sofitel Abidjan hôtel ivoire sur un débat, non pas entre hommes d’affaires, mais entre deux leaders politiques du continent, le nouveau Président zimbabwéen, Emmerson Mnangagwa et l’ancien Chef de l’État nigérian, Olusegun Obasanjo.

Les organisateurs, le groupe de presse Jeune Afrique et la Société financière internationale auraient voulu souligner le rôle encore prépondérant des politiques sur le développement du secteur privé africain qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement. Au micro, « Chief » Obasanjo n’a d’ailleurs pas manqué cette autre opportunité, pour rappeler le rôle qu’il joua autrefois dans l’ascension fulgurante du plus grand milliardaire africain en dollars, selon le classement Forbes, Aliko Dangoté, en créant les conditions pour que celui qui n’était alors qu’un vendeur de sacs de ciment importés, devienne un producteur de ciment, avec une production aujourd’hui évaluée à plus de 30 millions de tonnes par an, au Nigeria et ailleurs en Afrique.

Le Président zimbabwéen, Emmerson Mnangagwa, qui avait tant vanté le potentiel de son pays et les opportunités d’investissement offertes lors de la cérémonie d’ouverture de lundi dernier, est également monté au créneau pour souligner son engagement à tout mettre en œuvre pour offrir aux investisseurs désirant s’établir au Zimbabwe, toutes les facilités nécessaires au succès de leurs business.

Peu de temps avant cette discussion, un autre politique, le Président ghanéen, Nana Akufo-Addo, s’était également mis en évidence lors d’un débat avec un privé, en l’occurrence Paul Polman, Pdg du groupe Unilever, autour du thème: « Ensemble, construisons un avenir durable ! ».

Très en verve, le Président ghanéen a indiqué  qu'il faut que tout le monde, secteur privé et public respecte les règles. « Respectons les règles en évitant l'évasion fiscale, les paradis fiscaux. Mettons l'accent sur la valeur ajoutée et mettons en place un environnement propice à la stabilité macroéconomique dans nos pays», a-t-il suggéré.

L’idée selon laquelle l’Afrique pourrait s’en sortir par elle-même, si ses capitaux ne se volatilisaient pas à l’extérieur, à travers des paradis fiscaux et autres manœuvres dites d’optimisation fiscale de multinationales occidentales est en effet omniprésente dans la pensée et la praxis du Président Akufo-Addo. Selon des estimations d’un panel d’experts parrainé par la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), entre 30 et 50 milliards de dollars seraient ponctionnés chaque année en Afrique et rejoindraient ainsi des paradis fiscaux. Sans l’existence de ces flux financiers illicites, font observer les experts, le capital-actions de l'Afrique aurait augmenté de 60%. Le taux d'investissement intérieur au PIB serait passé de 19% à 30%, créant ainsi plus de croissance et d'emplois.

Pour Nana Akufo-Addo, les secteurs privé et public doivent lutter contre la corruption, respecter le droit et avoir de la discipline budgétaire. « Les partenariats que nous signons doivent aboutir aussi à un changement d'attitude. Il nous faut libérer nos potentiels. L'Afrique a du talent, il faut mettre cela à profit et éviter la fuite des cerveaux » a-t-il recommandé. Sa plus grande fierté durant son mandat : voir tous les enfants de son pays avoir accès à l'éducation.

Paul Polman, PDG d'Unilever a exprimé quant à lui, la volonté du secteur privé à accompagner les gouvernements dans la construction «d'un avenir durable».

L'une des conditions selon lui est entre autres, la lutte contre la pauvreté et la faim. « Si vous traitez bien les gens dans la chaine de valeur, ils vous seront redevables », a relevé Paul Polman. Pour lui, le secteur privé doit emboiter le pas aux gouvernants en soutenant leurs actions de développement. « Il faut prendre à bras le corps les défis et travailler pour l'Afrique. Nous devons faire partie de la lutte contre la corruption. »

Si l’Africa Ceo Forum 2018 peut s’enorgueillir d’avoir enregistré la participation effective de trois Chefs d’État (le Président du Liberia, George Weah n’a finalement pas répondu présent et aucune explication n'a été fournie à ce sujet par les organisateurs), il n’a pas brillé pour autant par de grandes résolutions en matière d'investissements nouveaux. Ce n’était sans doute pas l’objectif premier de ce Forum davantage concentré sur des débats autour de thèmes économiques touchant directement le secteur privé et le réseautage.

De ce point de vue, l’édition 2018 aura tenu ses promesses, plusieurs panels de haut niveau ayant rassemblé des dirigeants d’entreprises africaines et mondiales, ainsi que des experts d’institutions internationales spécialisées et des membres de gouvernement.

Le pays hôte, la Côte d’Ivoire, mais aussi le Zimbabwe, le Nigeria et le Bénin ont tenu des réunions sur les opportunités d’investissement et les avantages offerts pour les businessmen et businesswomen. Il reste à savoir si ces opérations de charme se transformeront effectivement en investissements concrets. Parmi les quelques annonces d'investissements enregistrées, notons celles du groupe Bolloré Transports et logistique projetant, par la voix de son Directeur général, Philippe Labonne, un investissement de 300 millions d’euros (1 euro=environ 655 FCfa) supplémentaires en Afrique.

M. Labonne a également annoncé pour "juin 2019", la construction à Abidjan d’un deuxième terminal portuaire capable d’accueillir les "plus grands porte-conteneurs fréquentant les côtes africaines". Ce terminal, dont le marché a été attribué il y a plus de deux ans, devrait être opérationnel dès 2020. « Le forum nous permet de nous projeter vers un avenir plus serein, de libérer le potentiel du continent », a conclu Amir Ben Yahmed, actuel Directeur de publication du groupe Jeune Afrique, qui a annoncé avoir « beaucoup appris » au cours de ces 48 h de forum.

Des leçons qui seront à coup sûr utiles pour la prochaine édition qui devrait se tenir, selon des indiscrétions, en Afrique, cette fois dans un pays anglophone ou au Maroc, présent en force aux différents Africa CEO Forums.

 

 

Commentaires