Economie

Affaire de corruption: Bolloré nie toute responsabilité

Affaire de corruption: Bolloré nie toute responsabilité

Vincent Bolloré, mis en examen pour corruption dans l'attribution à son groupe de concessions portuaires en Afrique de l'Ouest, s'est en garde à vue dédouané de toute responsabilité. "Je ne connais pas les détails", a-t-il dit aux enquêteurs, selon des propos rapportés vendredi par Le Monde.

Le groupe Bolloré a-t-il sous-facturé ses activités de conseil à deux "amis" africains afin de décrocher en retour la gestion des principaux ports de leur pays? Tels sont les soupçons des enquêteurs, qui ont mis en examen cette semaine Vincent Bolloré et deux autres cadres. Le Monde publie vendredi des extraits de l'audition du puissant homme d'affaires, lors de sa garde à vue. Au cours de cet interrogatoire, le Breton de 66 ans, désormais poursuivi pour "corruption d'agent étranger" et complicité d'"abus de confiance" et de "faux et usage de faux", s'est attaché à nier tout rôle dans ces prestations. "Je n’ai pas participé à ces négociations", "je ne connais pas le dossier", "je ne connais pas les détails", a-t-il ainsi répété, rapporte le quotidien.

Concrètement, les juges Serge Tournaire et Aude Buresi soupçonnent le groupe de conseil en communication Havas - via son agence Euro RSCG - d'avoir sous-facturé ses prestations rendues en 2010 à Alpha Condé, lors de son élection en Guinée, et Faure Gnassingbé, pour sa réélection à la tête du Togo. Ce, afin de décrocher - quelques mois plus tard - les concessions des ports de Conakry et de Lomé, respectivement capitales de Guinée et du Togo, via une autre filiale de Bolloré, Bolloré Africa Logistics, anciennement appelée SDV. "Je pense que c'est une analyse erronée", s'est défendu Vincent Bolloré devant les magistrats. "Il n'y a pas de relation" entre ces contrats, a-t-il aussi fait valoir.

S'agissant des activités de conseil, "il s'agit de dépenses de communication réelles", a également assuré Vincent Bolloré, alors que Le Monde évoque pour le Togo des factures de 100.000 euros, au lieu de 800.000 euros. D'après le journal, "à chaque question trop précise sur les montages financiers et les sous-facturations des prestations d’Euro RSCG, Vincent Bolloré dit ne pas être au courant et brise le mythe d’un patron paternaliste, à la tête d’un groupe familial depuis près de deux siècles, et à la gouvernance hypercentralisée".

L'homme d'affaires le martèle : "Je n’ai jamais vu la facture, je n’ai jamais vu de budget et l’on ne m’en montre jamais dans aucune division du groupe, sauf quand je suis à des niveaux où cela nécessite ma signature [...] A l’époque, le groupe fait 10 milliards de chiffre d’affaires et s’il fallait suivre des opérations de moins de 10 millions, cela signifierait plus de 1.000 opérations, ce qui serait impossible dans mon emploi du temps et donc dans le fonctionnement du groupe, qui est, comme je vous l’ai dit, très décentralisé avec un système de délégation massif." Puis de conclure : "Je n’ai jamais autorisé le groupe à financer des campagnes et, à ma connaissance, le groupe ne l’a jamais fait."

 

Mais tous n'ont pas cette même ligne de défense. Ainsi Gilles Alix, directeur général de Bolloré lui aussi mis en examen pour "corruption", a assuré aux enquêteurs que "Vincent Bolloré était au courant" de ces activités tout en précisant qu'il "était d'accord sur le principe, sans connaître les montants". Mais lui aussi nie tout "cadeau" reçu de la part des dirigeants africains. "Lomé, pour le groupe Bolloré, n'est pas l'affaire du siècle", a-t-il même relativisé.

 

JDD

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