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La Croatie, le Petit Poucet qui toise les géants

La Croatie, le Petit Poucet qui toise les géants

Avec 4,1 millions d'habitants, la Croatie, vice-champion du Mondial 2018, battue par la France (4-2), est le plus petit pays du monde à avoir atteint la finale de la Coupe du monde après l'Uruguay en 1950.

Le parcours qui l'a conduit en finale du Mondial 2018 suscite un vif débat sur la façon dont un si petit pays a réussi à produire de grands joueurs. Depuis que le premier président de la Croatie, Franjo Tudjman, a qualifié les athlètes de "meilleurs ambassadeurs du pays", le sport est devenu une question d'identité nationale.

"Vous avez fait quelque chose d'incroyable", a déclaré Tudjman aux joueurs de l'équipe de la Croatie qui ont disputé la Coupe du monde 1998. La sélection croate avait atteint les demi-finales de la compétition. "Maintenant, le monde nous verra différemment et parlera de la Croatie sur un ton plus brillant", avait lancé Franjo Tudjman, réputé pour son nationalisme.

Pour un pays de la taille de la Croatie, atteindre les demi-finales de la Coupe du monde il y a 20 ans, et devenir vice-champion de l'édition 2018, est un exploit de taille et "un moyen fantastique" de promotion de l'image du pays à l'étranger, écrit Juraj Vrdoljak, un chroniqueur sportif croate.

Mais le football croate - son sport en général - a surmonté de nombreux obstacles. Ce n'est pas le résultat d'un système bien pensé et organisé, selon Vrdoljak.

Il affirme, dans une chronique publiée par BBC Sport, que la Croatie n'a que cinq terrains répondant aux normes de l'Uefa. "Les infrastructures sont pour la plupart dans un mauvais état, et les investissements dans le football de base sont pratiquement inexistants", constate le chroniqueur sportif.

L'homme d'affaires Zdravko Mamic est l'un des principaux dirigeants du football en Croatie.

Le pays se vide de ses talentueux joueurs, qui sont obligés de quitter leur club très tôt, en raison de la mauvaise situation financière du football local.

En raison de cet environnement peu attrayant, il n'y a eu que deux joueurs évoluant à domicile dans l'équipe croate qui a disputé la Coupe du monde 2018 : le gardien de but du Dinamo Zagreb, Dominik Livakovic, et le milieu de terrain de Rijeka, Filip Bradaric. Au cumul, ils ont joué moins d'une heure au Mondial 2018.

Le football croate est également confronté à la corruption, selon Juraj Vrdoljak. Il y a quelques semaines, trois de ses principaux dirigeants ont été condamnés à des peines de prison pour des accusations graves liées à la gestion de la discipline sportive, notamment le transfert de joueurs du Dinamo Zagreb.

Le nationaliste Franjo Tudjman a semblé vouloir ragaillardir les athlètes de son pays, à la fin des années 90, en affirmant qu'ils étaient les "meilleurs ambassadeurs" de la Croatie.

Le capitaine de la sélection nationale, Luka Modric, et le défenseur de Liverpool, Dejan Lovren, ont également été impliqués dans ce procès.

Modric est accusé de parjure dans le cadre de ce procès concernant également l'un des plus célèbres dirigeants sportifs croates, l'homme d'affaires Zdravko Mamic, directeur exécutif du Dinamo Zagreb de 2013 à 2016.

Par ailleurs, une Croatie dans la panique a changé d'entraîneur à la veille d'un match décisif en octobre dernier, pour les éliminatoires de la Coupe du monde. Dans la rubrique des faits divers du football croate, il faut citer l'exclusion de l'attaquant Nikola Kalinic de la sélection nationale, à la suite de son refus de quitter le banc, lors du premier match de la Croatie contre le Nigeria, au Mondial 2018.

Kolinda Grabar-Kitarovic était dans les gradins lors de la finale France-Croatie de la Coupe du monde 2018.

Dans ce pays profondément religieux, beaucoup voient la main de Dieu dans les succès de l'équipe nationale de football. D'autres cherchent les raisons de ce succès dans une forme de prédisposition génétique, les Croates étant parmi les personnes les plus grandes d'Europe, selon Juraj Vrdoljak.

Pour se rendre en Russie et soutenir leur équipe, des supporters croates ont déroulé une campagne de collecte de fonds, en organisant des tournois de football ou en comptant sur leurs propres moyens. Certains d'entre eux passaient la nuit dans des fourgonnettes louées en Russie, pour pousser leur équipe à aller plus loin dans la compétition.

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